AU NORD DE L’ÉCONOMIE – Des Corons au coworking

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Alors qu’inexorablement les machines tendent à remplacer les humains, marxistes et libéraux se réjouissent de ces progrès, bercés par le mythe d’un monde dans lequel nous serons tous libérés du travail, vivant d’un revenu garanti, assistés de robots de compagnie. Mais le nouveau monde technologique ne tiendra pas plus ses promesses que ne les a tenues le vieux monde industriel.

En 2014, à Roubaix, La Redoute a remplacé les deux tiers de ses ouvriers par des machines qui abattirent désormais le double de travail pour un coût 30% moindre. Pourtant, Keynes promettait en 1933 que le chômage technologique n’était qu’un « état temporaire de réadaptation », l’économie de main d’oeuvre due à la découverte de nouveaux procédés étant simplement plus rapide que la découverte de nouveaux débouchés. La foi économique que l’automatisation ne détruirait pas d’emploi de manière absolue mais en créerait d’autres plus qualifiés, entretenue pendant les « Trente désastreuses », est révolue depuis le découplage entre productivité, emploi et salaires, au milieu des années 1970. Entre 1998 et 2013, la production de biens et services, aux États-Unis, a augmenté de 3 500 milliards de dollars, soit 42%, tandis que les salariés continuaient à travailler 194 milliards d’heures par an. L’équipement robotique mondial a explosé de 60% entre 2000 et 2012, et de récentes études prévoient que 10 à 50% des emplois sont menacés par l’automatisation et l’intelligence artificielle. Martin Ford, entrepreneur de la Silicon Valley, démontre dans L’Avènement des machines, que le chômage de masse n’est pas dû aux délocalisations. Un mouvement de relocalisation a pu s’amorcer grâce à l’efficacité des technologies d’automatisation qui concurrençaient jusqu’aux « travailleurs offshore les moins bien payés », d’autant que les salaires chinois, par exemple, bondissaient de 20% entre 2005 et 2010. Mais l’automatisation est un phénomène mondial, étant donné le prix dérisoire des robots. Ainsi, Foxconn, l’assembleur chinois d’iPhones, touché par une épidémie de suicides en 2010, installa des filets anti-suicide, puis opta pour la robotisation, supprimant 60 000 emplois, en attendant l’automatisation complète de ses sites. « L’avantage comparatif de « l’usine 4.0 » est (…) la quasi suppression des coûts salariaux, des grèves, des arrêts maladies, des congés parentaux et des suicides », ainsi que la flexibilité à la production jusqu’à la « personnalisation de masse ». Le secteur des services n’est par épargné. Le co-fondateur de Momentum Machine, start-up de San Francisco, annonce l’élimination des salariés grâce à une machine à préparer des burgers sans humains. Puis viendront « les logiciels d’intelligence artificielle pour les avocats, les générateurs de langage naturel rédacteurs d’articles de presse, les analyses automatisée de radiographies médicales, les robots de soin et de compagnie, ceux qui répondent aux mails des clients des banques, etc ».

Un chapitre particulièrement dense et intéressant, confronte les différentes théories de l’ « avènement du post-capitalisme ». L’économiste américain Jeremy Rifkin prédisait La Fin du travail en 1995 : « Élargie à l’ensemble de nos biens de consommation grâce à l’Internet des objets, la logique de l’interconnexion ferait tendre le coût marginal de chaque bien vers zéro, de sorte qu’une nouvelle économie de la gratuité, du partage et des « communaux collaboratifs » saperait les bases du capitalisme ». Kondratiev, Schumpeter, les marxistes, Rosa Luxembourg sont également cités. Mais Tomjo constate que ce cycle économique ne débouche pas sur « l’effondrement du capitalisme au profit d’un système plus horizontal, coopératif et démonétarisé, mais [sur] l’extension de la rationalité économique, et donc de la marchandisation, à des aspects toujours plus intimes ».

« Le mythe d’une société libérée du travail est tenace », de Paul Lafargue aux situationnistes et aux Diggers californiens. Pourtant « de la planète intelligente à la ville intelligente, ce capitalisme technologique se développe pour survivre à ses méfaits écologiques par la rationalisation policière des populations ». « Ce post-capitaliste, plutôt que le résultat d’une abondance enfin advenue, ressemble à une gestion assistée par ordinateur de la pénurie d’air sain, d’espace vital et de matières premières. »
La Triple Révolution, une étude publiée aux États-Unis en 1964, rédigée par des journalistes, informaticiens, chimistes et économistes, dont Gunnar Myrdal, disciple de Friedrich Hayek, annonçait une explosion légitime de demande d’égalité de la part des « minorités » et l’apparition d’un chômage massif dû notamment à l’automatisation. Le comité proposait d’attribuer à chacun un revenu de base universel. En 1973, Friedrich Hayek lui-même reprenait l’idée pour soulager l’individu de revendications spécifiques, l’affranchir des pesanteurs de sa communauté d’appartenance et en faire un véritable homo-oeconomicus. « Le revenu d’existence est le moyen qu’a trouvé le capitalisme pour survivre aux « externalités négatives » de sa propre automatisation : éviter une crise de surproduction en s’assurant d’une masse suffisante de consommateurs. » L’instauration d’une « taxe robots » permettrait son financement : « Les robots nous piquent notre boulot, aussi inutile et désastreux soit-il, et ils nous donnent l’aumône. » Les marxistes et les libéraux se sont trompés : « Le capitalisme ne porte pas en lui son dépassement, mais notre aliénation finale », donnant naissance à « une double espèce humaine » : celle des « chimpanzés du futur », humains non augmentés, survivant grâce au revenu universel, et celle des post-humains ayant les moyens de s’adapter à leur nouveau milieu cognitif et écologique par augmentation de leurs capacités intellectuelles et physiques.
Et l’auteur de conseiller à « un mouvement politique qui souhaiterait se rendre ingouvernable face aux futures « mascarades » électorales » d’en « démasquer les prétendants pour faire apparaître le mouvement historique profond » : « celui d’un tsunami technologique perpétuel qui nous précipité sous un gouvernement par des machines ». Quant à ceux qui nous convoquent sans cesse pour « réinventer la gauche », il les invitent à sortir de leur « dessein dixneuviémiste d’une meilleure répartition des fruits du travail (…) quand ces fruits sont pourris »

AU NORD DE L’ÉCONOMIE – Des Corons au coworking

Alors qu’inexorablement les machines tendent à remplacer les humains, marxistes et libéraux se réjouissent de ces progrès, bercés par le mythe d’un monde dans lequel nous serons tous libérés du travail, vivant d’un revenu garanti, assistés de robots de compagnie. Mais le nouveau monde technologique ne tiendra pas plus ses promesses que ne les a tenues le vieux monde industriel.

En 2014, à Roubaix, La Redoute a remplacé les deux tiers de ses ouvriers par des machines qui abattirent désormais le double de travail pour un coût 30% moindre. Pourtant, Keynes promettait en 1933 que le chômage technologique n’était qu’un « état temporaire de réadaptation », l’économie de main d’oeuvre due à la découverte de nouveaux procédés étant simplement plus rapide que la découverte de nouveaux débouchés. La foi économique que l’automatisation ne détruirait pas d’emploi de manière absolue mais en créerait d’autres plus qualifiés, entretenue pendant les « Trente désastreuses », est révolue depuis le découplage entre productivité, emploi et salaires, au milieu des années 1970. Entre 1998 et 2013, la production de biens et services, aux États-Unis, a augmenté de 3 500 milliards de dollars, soit 42%, tandis que les salariés continuaient à travailler 194 milliards d’heures par an. L’équipement robotique mondial a explosé de 60% entre 2000 et 2012, et de récentes études prévoient que 10 à 50% des emplois sont menacés par l’automatisation et l’intelligence artificielle. Martin Ford, entrepreneur de la Silicon Valley, démontre dans L’Avènement des machines, que le chômage de masse n’est pas dû aux délocalisations. Un mouvement de relocalisation a pu s’amorcer grâce à l’efficacité des technologies d’automatisation qui concurrençaient jusqu’aux « travailleurs offshore les moins bien payés », d’autant que les salaires chinois, par exemple, bondissaient de 20% entre 2005 et 2010. Mais l’automatisation est un phénomène mondial, étant donné le prix dérisoire des robots. Ainsi, Foxconn, l’assembleur chinois d’iPhones, touché par une épidémie de suicides en 2010, installa des filets anti-suicide, puis opta pour la robotisation, supprimant 60 000 emplois, en attendant l’automatisation complète de ses sites. « L’avantage comparatif de « l’usine 4.0 » est (…) la quasi suppression des coûts salariaux, des grèves, des arrêts maladies, des congés parentaux et des suicides », ainsi que la flexibilité à la production jusqu’à la « personnalisation de masse ». Le secteur des services n’est par épargné. Le co-fondateur de Momentum Machine, start-up de San Francisco, annonce l’élimination des salariés grâce à une machine à préparer des burgers sans humains. Puis viendront « les logiciels d’intelligence artificielle pour les avocats, les générateurs de langage naturel rédacteurs d’articles de presse, les analyses automatisée de radiographies médicales, les robots de soin et de compagnie, ceux qui répondent aux mails des clients des banques, etc ».

Un chapitre particulièrement dense et intéressant, confronte les différentes théories de l’ « avènement du post-capitalisme ». L’économiste américain Jeremy Rifkin prédisait La Fin du travail en 1995 : « Élargie à l’ensemble de nos biens de consommation grâce à l’Internet des objets, la logique de l’interconnexion ferait tendre le coût marginal de chaque bien vers zéro, de sorte qu’une nouvelle économie de la gratuité, du partage et des « communaux collaboratifs » saperait les bases du capitalisme ». Kondratiev, Schumpeter, les marxistes, Rosa Luxembourg sont également cités. Mais Tomjo constate que ce cycle économique ne débouche pas sur « l’effondrement du capitalisme au profit d’un système plus horizontal, coopératif et démonétarisé, mais [sur] l’extension de la rationalité économique, et donc de la marchandisation, à des aspects toujours plus intimes ».

« Le mythe d’une société libérée du travail est tenace », de Paul Lafargue aux situationnistes et aux Diggers californiens. Pourtant « de la planète intelligente à la ville intelligente, ce capitalisme technologique se développe pour survivre à ses méfaits écologiques par la rationalisation policière des populations ». « Ce post-capitaliste, plutôt que le résultat d’une abondance enfin advenue, ressemble à une gestion assistée par ordinateur de la pénurie d’air sain, d’espace vital et de matières premières. »
La Triple Révolution, une étude publiée aux États-Unis en 1964, rédigée par des journalistes, informaticiens, chimistes et économistes, dont Gunnar Myrdal, disciple de Friedrich Hayek, annonçait une explosion légitime de demande d’égalité de la part des « minorités » et l’apparition d’un chômage massif dû notamment à l’automatisation. Le comité proposait d’attribuer à chacun un revenu de base universel. En 1973, Friedrich Hayek lui-même reprenait l’idée pour soulager l’individu de revendications spécifiques, l’affranchir des pesanteurs de sa communauté d’appartenance et en faire un véritable homo-oeconomicus. « Le revenu d’existence est le moyen qu’a trouvé le capitalisme pour survivre aux « externalités négatives » de sa propre automatisation : éviter une crise de surproduction en s’assurant d’une masse suffisante de consommateurs. » L’instauration d’une « taxe robots » permettrait son financement : « Les robots nous piquent notre boulot, aussi inutile et désastreux soit-il, et ils nous donnent l’aumône. » Les marxistes et les libéraux se sont trompés : « Le capitalisme ne porte pas en lui son dépassement, mais notre aliénation finale », donnant naissance à « une double espèce humaine » : celle des « chimpanzés du futur », humains non augmentés, survivant grâce au revenu universel, et celle des post-humains ayant les moyens de s’adapter à leur nouveau milieu cognitif et écologique par augmentation de leurs capacités intellectuelles et physiques.
Et l’auteur de conseiller à « un mouvement politique qui souhaiterait se rendre ingouvernable face aux futures « mascarades » électorales » d’en « démasquer les prétendants pour faire apparaître le mouvement historique profond » : « celui d’un tsunami technologique perpétuel qui nous précipité sous un gouvernement par des machines ». Quant à ceux qui nous convoquent sans cesse pour « réinventer la gauche », il les invitent à sortir de leur « dessein dixneuviémiste d’une meilleure répartition des fruits du travail (…) quand ces fruits sont pourris »

AU NORD DE L’ÉCONOMIE
Des Corons au coworking
Tomjo
82 pages – 5 euros
Éditions Le Monde à l’envers – Grenoble – Mars 2018
www.lemondealenvers.lautre.net/catalogue.html

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