L’accaparement des terres agricoles françaises par des investisseurs étrangers met en danger notre sécurité alimentaire

Des terres agricoles françaises sous pavillon chinois. C’est un des symboles de la financiarisation et de l’accaparement des surfaces agricoles dans l’Hexagone. Résultat, les prix flambent et les exploitations sont de plus en plus grosses, mettant en péril notre sécurité alimentaire. Agriculteurs et experts tirent la sonnette d’alarme.

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La France fait face à un double phénomène : une baisse notable des surfaces agricoles et un rachat par des investisseurs étrangers d’exploitations.
Pixabay

En France, 164 hectares de terres agricoles disparaissent chaque jour. Soit 60 000 hectares détruits tous les ans, l’équivalent de six fois la surface de Paris. Un phénomène dû à l’urbanisation, à la construction de voies nouvelles et au développement de zones industrielles. En témoigne le projet Europacity qui comptait bétonner 280 hectares de terres agricoles dans le Val d’Oise.

Cette artificialisation des sols est d’autant plus inquiétante qu’elle s’accompagne d’un autre phénomène : l’accaparement des terres agricoles. En 2017, jamais autant de surfaces agricoles n’ont été vendues. Et les prix ont flambé : +15,5%. Une bonne nouvelle à première vue, témoignant de la compétitivité du secteur. La réalité est un peu plus complexe.

Des sociétés étrangères achètent à prix d’or

“On se rend compte que de plus en plus de personnes morales achètent ces terres au détriment des agriculteurs”, explique Emmanuel Hyest, président de la FNSafer, la Fédération nationale des sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural dont le rôle est justement de réguler ces achats, “il s’agit d’investisseurs français mais aussi de holdings étrangères dont le montage est opaque”. Ces sociétés, dont le siège est en France, parviennent ainsi à contourner la loi. Il devient alors difficile, voire complètement impossible pour la FNSafer de savoir qui sont ces nouveaux acheteurs.

Et ces investisseurs achètent les terres à prix d’or, favorisant la spéculation. Dans l’Indre, en août, des centaines d’agriculteurs ont ainsi manifesté contre l’acquisition par une entreprise chinoise de 1600 hectares de terres agricoles. L’investisseur aurait acheté au moins 12 000 euros l’hectare, soit le double des prix du marché.

“On met en péril le modèle d’agriculture familial français”

Et cela a de multiples impacts sur l’agriculture française. D’abord une explosion des prix du foncier agricole qui devient très peu accessible pour les nouveaux agriculteurs. Mais aussi des conséquences néfastes sur l’emploi. Avec la concentration des terres, la main d’oeuvre diminue.

“On met en péril le modèle d’agriculture familial français”, alerte Emmanuel Hyest. “L’agrandissement de ces exploitations ne rime pas avec une augmentation de la main d’oeuvre, au contraire”, confirme Guy Kastler de la Confédération paysanne. “Ils favorisent l’agriculture intensive, la mécanisation et les monocultures. Cela a évidemment un impact sur la biodiversité puisqu’il y a moins de variété de cultures”.

Un enjeu de sécurité alimentaire

Pour l’instant, les produits cultivés en France et détenus par des sociétés étrangères ont tendance à rester dans l’Hexagone. Mais la Chine ne cache pas son objectif : exporter ces cultures françaises directement dans l’assiette de la classe moyenne chinoise qui demandent des produits de meilleure qualité. Il y a donc un réel enjeu de sécurité alimentaire, autant pour la France que pour les pays étrangers.

Emmanuel Macron avait promis une loi sur le foncier agricole pour 2019. Il semble qu’elle soit retardée d’un an, au grand dam de la FNSafer qui tire la sonnette d’alarme : “le phénomène est très rapide et irréversible. C’est le même mécanisme que les grandes surfaces qui ont fait mourir les petits commerces”, analyse Emmanuel Hyest.

D’autant que la politique agricole commune (PAC) pousse en ce sens. Plus l’exploitation est grande, plus elle reçoit des subventions, sans aucun plafonnement. “La question du foncier agricole ne peut être envisagé en dehors du cadre européen”, rappelle ainsi Yves Petit, professeur de droit public à l’Université de Lorraine. La PAC doit justement subir une refonte pour l’édition 2021-2027, mais l’enjeu le plus discuté sera celui du montant des subventions dont la France est le premier pays bénéficiaire. Bruxelles a déjà annoncé une baisse de 5 % du budget.

Marina Fabre @fabre_marina

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