Pompe à vélo ou pompe à gasoil ? Retour sur les mobilisations du 17 novembre

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Retour sur la vélorution tourangelle organisée le 17 novembre dernier et regards critiques sur la manifestation des gilets jaunes.

Ce samedi 17 novembre nous étions parmi les 180 cyclistes à participer à la vélorution tourangelle. Cet évènement festif et revendicatif de réappropriation de l’espace public n’avait plus lieu depuis deux ans. Pour son grand retour, et malgré le froid, nous étions heureux-ses de constater qu’il n’avait jamais rassemblé autant de monde et, de surcroît, des personnes d’âges, de sexes et d’horizons très variés.

Ce retour de la vélorution tourangelle est l’initiative de plusieurs collectifs et d’individu-e-s qui militent pour exiger davantage de place aux modes de transports non-motorisés en ville et ailleurs. Aux cris de « libérez les cyclistes et les piétons enfermé-e-s dans leurs voitures » ou « on avance, on avance, on n’a pas besoin d’essence », et encore « le pétrole ça colle » le cortège a manifesté pendant 2 heures, faisant le tour de la ville.

La date cet évènement avait été décidée bien avant que le mouvement des Gilets Jaunes n’appelle lui aussi à une mobilisation ce même jour… coïncidence du calendrier militant ? A Tours comme dans beaucoup d’autres villes françaises, des centaines de personnes ont défilé pour protester contre les prix du carburant qui plombent les budgets des ménages les plus modestes et ceux des personnes éloignées des centres villes ou celles dont les horaires de travail sont incompatibles avec l’usage des transports en commun.

Loin de nous l’idée d’affirmer que tout le monde peut et doit passer au vélo immédiatement dans un contexte économique et écologique dramatique. Certes, quand on est jeunes, en bonne santé physique, et qui plus est, sans enfants ou personnes âgées à charge, a fortiori des hommes il est facile de prôner le « tout vélo » [1]. Nous avons bien conscience que ces transitions nécessiteront un changement de pratiques individuelles et collectives qui devront être accompagnées par les pouvoirs publics notamment en matière d’aménagements et d’équipements.

Bref, nous comprenons que certain-e-s aient voulu rejoindre le mouvement des gilets jaunes pour s’exprimer sur leurs sentiments et leurs difficultés (même si nous ne comprenons toujours pas la forme de cette expression, quelque peu contradictoire, qui consiste à aller brûler des dizaines de litres d’essence pour manifester contre le prix de celle-ci en s’auto-embouchonnant…). Le souci c’est que derrière ces revendications légitimes, on est bien obligé-e-s de faire le constat que se cachent (ou s’incrustent) des idéologies haineuses telles que : la fermeture des frontières, l’homophobie, le sexisme, etc.

On pourrait rire du dernier tweet de Gilles Godefroy, qui participait à la mobilisation des gilets jaunes samedi : « Quand je partirai pour mon dernier voyage au cimetière de Tours, je souhaite que cela soit dans un corbillard Diesel, rien que pour emmerder les écologistes et les bobo une dernière fois ! #écologie #CO2 #GIEC #arnaque » [2]. Mais ce serait oublier qu’il est élu Front National et qu’il véhicule localement des idées réactionnaires qui vont bien au-delà des questions écologiques !

Samedi pendant la manifestation, nous avons croisé cette camionnette dans le cortège des gilets jaunes. « Français d’abord, migrants dehors », « Force, honneur, patrie »… Autant vous dire qu’il n’y avait pas que son pot d’échappement qui empestait… Restons aux aguets, il semblerait qu’on ne soit pas loin de voir deux systèmes de valeurs s’opposer : le leur, chacun-e derrière sa carrosserie sourd-e aux autres et aux enjeux écologiques ; le nôtre, ouvert aux intempéries guidon en main dans une tentative d’organisation collective pour vivre autrement…

D’autres vélorutions seront organisées prochainement, rejoignez-nous !

Des participant-e-s à la vélorution de Tours

P.-S.

Si au quotidien vous utilisez aussi une voiture, vous êtes les bienvenu-e-s… à vélo évidemment !


Notes

[1On peut lire à ce sujet les articles d’Yves Raibaud sur la promotion des villes « durables » sans prise en compte des inégalités : https://lejournal.cnrs.fr/billets/la-ville-durable-creuse-les-inegalites

[2Tweet du 14 novembre : https://twitter.com/GodefroyGilles/status/1062801511846154241 auquel on aurait bien envie de répondre, comme d’autres l’ont déjà fait : « le plus tôt sera le mieux ! »

https://larotative.info/pompe-a-velo-ou-pompe-a-gasoil-3017.html

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