«L’édito» de la rédaction : Police socialiste

17 mars. Abords de l’université de Tolbiac. Un minois cireux qui dépasse d’une parka à capuche fourrée. Regard perdu, voix hésitante : « Y a une fille, elle s’est fait balayer par les CRS, une fille hein, genre… vraiment, et ils l’ont matraquée par terre et le camion de pompiers qui est juste là, ben, elle est en train de saigner, genre… vraiment [Il passe sa main sur le côté gauche de son visage]. Elle s’est fait matraquer au visage. Je trouve pas ça n-n-normal. Surtout, on les a jamais agressés. » Étudiants poil aux dents, on va te la gauchir ta gueule de gauchiste, on va te l’abréger ton AG. Chiendent de chienlit : on passe tes racines à la broyeuse et ça repart en rhizome. 1968, CRS = SS. 1986, Oussekine ad patres, une pancarte plastronne : « Universités : 1 mort, la sélection commence ». 2006, mouvement anti-CPE, pluie de matraques sur les étudiant-e-s du Mirail toulousain : « Des jeunes tombaient, des gens hurlaient, des chaussures volaient », hoquette une responsable administrative de la fac.

25 mars 2016. Énième point d’orgue au lycée Henri-Bergson, XIXe arrondissement parisien. Adan, 17 ans, maintenu énergiquement par deux pandores : « Lève-toi, lève-toi ! » Plus qu’un ordre, un aboiement guttural bourré d’une testostérone haineuse. Et là, vlan !, le poing ganté d’un RoboCop assermenté qui fuse et s’abat sur la face du gamin. Pixelisée, la patate de forain fait le grand huit sur les réseaux sociaux. Consternation, cris d’orfraie et indignation généralisée. Choqué, Cazeneuve sonne les bœufs-carotte pour faire la lumière, toute la lumière. Et v’là ces tristes sires de la gouvernance qui y vont de leur affliction en carton-pâte. Comment, c’est notre police républicaine qui se conduit ainsi ?

Hasard calendaire, l’ONG chrétienne Acat sort un bilan sur les violences policières françaises de ces dix dernières années. Taser, Flash-Balls, gestes d’immobilisation, le rapport décortique 89 cas de blessures graves dont 26 ont causé la mort de la victime. Auteure du rapport, Aline Daillère résume : « On glisse d’une conception où l’on maintenait à distance des manifestants à une conception où l’on vise ces manifestants. » La jeunesse dans la rue, c’est le cauchemar de tout gouvernement qui doit éviter tout à la fois l’enflement de la colère et la déflagration politique d’une bavure. Alors intimider, masser des effectifs caparaçonnés comme pour une guerre qui ne dit pas son nom. La leçon doit être claire : la police est une armée comme une autre. Les lycéen.ne.s ne s’y sont pas trompé.e.s : le lendemain des violences policières (pléonasme) à Bergson, deux commissariats étaient attaqués en plein Paris, et les réserves de deux Franprix redistribuées aux migrant.e.s et gens de la rue. Leçon.

From Graffitivre. 1-213.jpg Merci Graffitivre.

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