Dans la bonne humeur, la Zad de Notre-Dame-des-Landes se prépare… à toute éventualité

7 octobre 2016 / Marine Vlahovic (Reporterre)

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Calmement, les habitants de la Zad de Notre-Dame-des-Landes et ceux des villages avoisinants se préparent à une éventuelle intervention des forces de l’ordre. En organisant des formations « défense » et des tours de garde, mais aussi en continuant leurs activités quotidiennes. Ce week-end, un grand rassemblement de soutien est prévu sur place.

– Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), reportage

Les voitures filent à toute vitesse aux abords de la Zad alors que le soleil commence à poindre sur le bocage de Notre-Dame-des-Landes. La veille, un agriculteur a dit que les forces de l’ordre pourraient se rendre aux Ardillères, un carrefour stratégique situé à l’entrée de la zone à défendre (Zad) de 1.650 hectares. Pourtant, ce matin-là, au lieu-dit, point de fourgon ni de voiture de gendarmerie. Seul le vrombissement des véhicules des riverains rompt le calme de cette matinée brumeuse. « Rien à signaler », constate « Camille », un zadiste, avant de remonter en voiture. Cette fausse alerte n’a pas bousculé les habitudes prises par les zadistes ces derniers temps. Chaque jour, avant l’aube, des habitants prennent leur tour de garde. Pendant une poignée d’heures, ils parcourent les routes et contrôlent les points d’accès de la Zad à l’affût de tout mouvement suspect.
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Attisées par la presse locale, les rumeurs d’une évacuation imminente par la force n’ont cessé d’enfler ces dernières semaines, malgré le flou juridique qui entoure la situation des habitants. Manuel Valls, qui avait annoncé une intervention à l’automne, la lancera-t-il ? La question reste en suspens. « Ce qui est sûr, c’est que, depuis 2012, la menace n’a jamais été aussi précise et crédible », dit un autre « Camille ». Les zadistes n’ont pas attendu l’arrivée de la saison des feuilles mortes pour prendre les devants face à cette éventuelle expulsion. Depuis un mois, des week-ends de « défense de la Zad », ouverts à tous, sont organisés sur le site.

« Vous apprendre à communiquer les uns avec les autres et surtout à vous faire confiance »

Intitulées « Prêt-e-s pour défendre la Zad ? », ces formations express ont déjà rassemblé 400 à 500 personnes venues de tous les horizons. Bruno Retailleau, le président de la région Pays de la Loire et fervent défenseur du projet d’aéroport, n’a pas manqué de les dénoncer auprès de Manuel Valls. Début septembre, l’élu régional (LR) a demandé au Premier ministre d’interdire ces week-ends, estimant inacceptable « qu’en France, des spécialistes de la guérilla organisent de véritables camps d’entraînement antiflic ».
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Cette référence paramilitaire fait sourire l’un des organisateurs des formations : « Il s’agit avant tout de donner confiance aux gens, de leur apprendre à s’organiser en petits groupes au moyen de jeux », explique-t-il. Reporterre a suivi une de ces formations.

Que faire en cas d’arrestation ? Comment apprendre à se déplacer sans bruit ? Comment communiquer sans se faire repérer ? Comment se protéger des flashballs et des grenades lacrymogènes ? Tout autant de questions auxquelles répond un briefing théorique. Et pour la mise en pratique, les zadistes ont imaginé une course d’orientation géante. L’objectif ? Attraper le maximum de balises réparties aux quatre coins de la Zad. Bien loin des camps antiflic dénoncés par Bruno Retailleau.

« Attention à vos ennemis », prévient l’un des organisateurs, avant de lancer le top départ de l’une de ces courses d’orientation. « Les ennemis, c’est qui ? Les flics ? » demande l’un des participants qui, pour toute réponse, reçoit des éclats de rire. Dans une ambiance bon enfant, les équipes se mettent en marche. Pendant quatre heures, elles devront parcourir le bocage tout en évitant des policiers cagoulés en patrouille. Le rôle est endossé par des zadistes, qui se prennent vite au jeu en pourchassant les participants à travers champs. Ces derniers n’ont qu’un seul moyen pour se défendre : courir le plus vite possible. Et pour cause : tout contact est interdit. Il suffit d’être touché du bout des doigts pour être emmené dans un commissariat improvisé, où des pseudo-officiers de police judiciaire posent quelques questions avant de relâcher les participants. Lesquels repartent, talkie-walkie dans la poche et carte d’orientation en main, pour trouver les balises.

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Une voiture de la BAC pendant la course d’orientation.

« On ne veut pas faire de vous des guerriers du bocage, mais vous apprendre à communiquer les uns avec les autres et surtout à vous faire confiance », explique un zadiste au terme de ce jeu de poursuite géant qui aura duré plus de quatre heures. Une formation accélérée sera mise en place au cours du week-end de soutien du 8 et 9 octobre, qui doit rassembler des milliers d’opposants au projet d’aéroport sur la Zad. « Le but, c’est que chacun reparte chez soi avec une connaissance de ses limites physiques et mentales en cas d’attaque de la Zad. Mais c’est aussi de faire tomber cette peur que le gouvernement utilise actuellement », explique l’un des organisateurs.

« Ces menaces d’expulsion ont insufflé une vraie énergie »

« Ce qu’il est intéressant d’observer, ce que différentes composantes se préparent à défendre la Zad. Et ces différentes façons d’agir sont compatibles et complémentaires », observe « Camille ». Dans un lieu reculé de la zone à défendre, on érige des barricades sous le regard vigilant de Germaine. Avachi sur un siège et muni d’un casque de moto, l’épouvantail ressemble à s’y méprendre à une sentinelle postée là pour défendre l’accès de la maison occupée.

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Germaine veille.

À l’autre bout de la Zad, à La Rolandière, on s’attèlle à l’aménagement d’un point d’information et d’un lieu d’accueil en terre-paille, à proximité d’une banderole flashy qui proclame : « Nous sommes la nature qui se défend. » « Ces menaces d’expulsion ont insufflé une vraie énergie », constate un habitant du lieu. Constructions, réparations, mais aussi élevage d’animaux : pour certains, défendre la Zad, c’est avant tout continuer ses activités quotidiennes. Seule la visite quotidienne d’un hélicoptère de la gendarmerie perturbe cette routine.

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Le chantier de La Rolandière.

« Ça fait quinze jours que cet hélicoptère parcourt les environs en rase-motte », souligne Julien Fritel. L’habitant de La Paquelais, un village limitrophe de la Zad, en est certain : « Il se trame quelque chose. » Il a décidé de s’organiser avec des habitants d’une dizaine de communes environnantes pour soutenir la Zad en cas d’expulsion. « Toute intervention des forces de l’ordre ne sera pas la bienvenue dans les communes environnantes et elles ne devront pas s’attendre à notre collaboration », déclarent-ils dans un communiqué. « Il est hors de question de revivre une opération d’évacuation comme en 2012, que ce soit pour nos enfants, nous ou les habitants de la Zad », prévient Julien Fritel. « Aussi, si l’on remarque tout mouvement suspect, on le signalera aussitôt. Et on offrira un soutien logistique aux zadistes par la suite », insiste-t-il, bien décidé à tenir son rôle de vigie.

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