Rixe à Calais : comprendre

Publié le 12 septembre 2015
dispositifs de contrôle | Calais | migrants

Pourquoi les immigrés se battent-ils entre eux ?

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Aujourd’hui, la presse rapporte une rixe entre 200 migrants à Calais. Libération ne manque pas de souligner le caractère sauvage de la rixe : elle se serait passée dans la « jungle », aurait fait 9 blessées, et aurait un motif « inconnu ». Évidemment, Libération n’est pas aller interroger les migrants pour savoir, elle tient ses renseignements de la police. Du grand journalisme, indépendant, tout ça.

Néanmoins nous devons comprendre le pourquoi de la rixe, et le pourquoi de toutes les rixes similaires, qui ne manqueront pas d’éclater encore et toujours si les immigrés et les militants n’arrivent pas à les empêcher.

Le premier facteur de ces rixes, c’est la misère matérielle, l’habitat insalubre, avec sa lutte contre l’humidité, le froid, et parfois la faim et la maladie. Si vous connaissez cette profonde misère, vous savez qu’elle engendre une tension psychologique extrême, une angoisse de manquer qui rend fébrile. Mais cet unique facteur ne suffit pas à provoquer des rixes. En effet, la misère aussi peut favoriser la solidarité.

Le deuxième facteur, c’est l’inégalité, la corruption, le favoritisme. Pour garder le contrôle, l’état doit absolument empêcher l’union des immigrés. C’est pourquoi il créée des catégories : les immigrés économiques et les immigrés politiques, les réfugiés de guerre, les hommes, les femmes et les femmes avec enfants, les immigrés enregistrés et les immigrés non enregistrés, les immigrés de telles nationalités et les immigrés de telles autres. À toutes ces catégories correspondent des privilèges, ce qui créée des tensions et du ressentiments.

Prenons l’exemple de l’habitat. Qui décident de qui sera hébergé dans un bâtiment en dur et qui logera sous une tente ? Il est très probable que l’état ne donnera même pas une tente aux immigrés qui refuseraient de s’enregistrer. D’autre part, l’organisation nécessitera forcément l’emploi d’immigrés pour la distribution de nourriture, de vêtements, etc. Il est prévisible que l’état « récompensera » ces immigrés pour leurs services, en leur offrant des nuits d’hôtel par exemple, ou indirectement par l’intermédiaire des associations caritatives. En outre, puisque l’état ne donnera jamais assez pour satisfaire les besoins des immigrés, ces « employés » seront amenés à faire des « choix » dans la distribution des privilèges, ce qui favorise la corruption, la servilité et provoquent des conflits violents entre immigrés.

Plus la misère est grande, plus le favoritisme a un effet corrupteur dans un groupe. L’hiver arrive. Alors la possibilité de dormir ne serait-ce qu’une seule fois au chaud, pour soi ou pour sa famille, deviendra un puissant facteur de corruption et de soumission.

Que faire alors ?

À mon niveau, je ne pourrais guère donner de recommandations précises. Néanmoins, je peux formuler quelques principes :

lutte pour l’égalité réelle de tous les immigrés,
lutte pour l’auto-organisation (pour le logement, le ravitaillement, les revendications, etc.),
lutte pour l’autonomie totale vis-à-vis de l’état et des associations « légalistes »,
lutte contre la corruption et les corrompus,
lutte contre la division en catégories et en hiérarchies, téléguidée par l’état,
lutte contre la soumission à l’autorité, qui conduit aux rixes fratricides à cause du favoritisme.

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