LES DOSSIERS NOIRS DE LA JUSTICE FRANÇAISE

jeudi 10 août 2017

La société a érigé l’injustice en système. « Comment peut-on parler de justice alors qu’il existe des riches et des pauvres et que la loi, ainsi que les tribunaux, s’efforcent de préserver les privilèges des premiers ? Comment peut-on oser punir de prisons les menus larcins alors que notre système social et économique repose sur l’exploitation de l’homme par l’homme ? » Denis Langlois, avocat à la cour d’appel de Paris et ancien conseiller juridique de la Ligue des droits de l’homme, se propose d’éveiller le sentiment d’injustice de ses lecteurs et de démontrer l’hypocrisie du système judiciaire.

« Du temps de Jean Valjean, on allait au bagne pour avoir volé un pain. En 1972, on va encore en prison pour avoir chapardé une bouteille de lait. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’en matière de justice, les progrès sont lents. »
L’auteur relate une centaine de dossiers particulièrement exemplaires et accablants sans pour autant être exceptionnels, en général classés dans la rubrique « faits divers » des journaux mais en réalité véritables drames pour ceux qui les ont vécus, affaires révélatrices de cette justice à sens unique qui frappe sans pitié les uns pour mieux épargner les autres. Un mois de prison ferme pour une bouteille de lait, 500 francs d’amende pour un kilo de châtaignes, un procès pour un timbre à 40 centimes, 4 ans de prison pour dix bouteilles vides. Voilà pour les pauvres.
Au contraire, la plupart des délits financiers, les fraudes fiscales notamment, se terminent par des transactions amiables avec l’administration des Finances qui s’empresse de passer l’éponge à bon compte. L’instruction traine bien souvent en longueur. Il n’est plus question de cette justice expéditive réservée aux va-nu-pied du flagrant délit. L’inculpé s’entoure des avocats les mieux en Cour et demande des expertises à n’en plus finir.
Expulsion de son logement de deux sœurs qui ne veulent plus payer un loyer illégalement élevé. Acharnement contre les constructions sans permis, cabanon de jardin ou garage en tôle, plutôt que contre les immeubles élevés par les gros propriétaires. Violence des condamnations par défaut, alors que les inculpés, parfois pour des faits particulièrement bénins, n’ont jamais reçu sur convocation et désespoir qui les conduit, eux ou leurs proches, à vouloir « en finir avec cette vie où les pauvres ont toujours tort. » Notion de légitime défense à double vitesse. Système dans lequel policiers et gardiens de prison bénéficient généralement d’une sorte d’immunité tandis que les plaintes des détenus sont rarement prises en considération.

Les dernières affaires rapportées révèlent plus les méthodes parfois malhonnêtes des gendarmes qu’elles ne dénoncent une impartialité liée à la classe sociale des protagonistes, mais elles contribuent tout de même à comprendre l’iniquité d’un fonctionnement.

Ce livre et ses exemples remontent à plus de quarante nous rétorquera-t’on. Et alors ? Il suffit de feuilleter n’importe quel journal pour constater que rien n’a changé. La préface de l’auteur résonne d’autant plus comme une injonction : « Je sais que l’on ne corrige ni ne répare une balance qui penche toujours du même côté, parce qu’elle a été construite précisément pour pencher de ce côté. Mon livre n’a pas pour but de proposer des solutions qui permettraient d’arrondir les angles et de perpétuer tant bien que mal, quelques temps encore, le système. (…) Et si je pouvais ainsi contribuer, tant soit peu, à la montée de la légitime révolte de tous les brimés, de tous les humiliés, de tous les opprimés, j’en serais heureux. »

LES DOSSIERS NOIRS DE LA JUSTICE FRANÇAISE
Denis Langlois
226 pages
Éditions du Seuil – Collection « Points Actuels » – Paris – Mai 1975



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