Golfs sabotés : que revendique le collectif Kirikou

Eau, rivières, océans

Golfs sabotés : que revendique le collectif Kirikou

Ciment ou légumes déposés sur des golfs : plusieurs terrains ont été sabotés mi-août par le collectif Kirikou. Proches d’Extinction Rebellion, ses membres exigent l’interdiction d’arroser les golfs en période de sécheresse.

Du ciment coulé dans des greens de golf. Des trous complètement bouchés. Une pelouse fortement endommagée. Dans la nuit du 10 août, deux golfs de l’agglomération toulousaine [1] ont été sabotés par un collectif de militants écologistes, notamment proches d’Extinction Rebellion ou ANV-COP21. En plus de ces terrains vandalisés, des pancartes « Ce trou boit 227 000 litres d’eau par jour » ou « Stop golf » ont été déposées. Le nom de ce collectif ? Kirikou. Comme le dessin animé [2]. « Une référence directe au moment où, dans Kirikou, le village est privé d’eau par un monstre qui boit sa source », explique Élie [*], son porte-parole.

Car c’est bien un « accaparement de l’eau » que dénonce le collectif. Alors que la France traverse une sécheresse inédite, et que des restrictions d’eau ont été imposées dans différentes villes du pays, les golfs ont bénéficié de dérogations leur permettant de continuer à arroser. La raison : le coût de l’entretien de ces terrains. Depuis début août, le collectif Kirikou demande donc « l’arrêt complet de l’arrosage des golfs ». Mais la polémique ne cesse d’enfler. « En solidarité avec le collectif Kirikou », le 13 août, un groupe se revendiquant d’Extinction Rebellion a planté des légumes dans des trous de deux golfs de Limoges. « Rendez l’eau » ou « Fin de parcours pour le golf… il n’y a plus d’eau » pouvait-on cette fois lire sur les greens.

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« Dans ce contexte de sécheresse, nous trouvons choquant le gaspillage de l’eau, précise Élie. Alors que les restrictions sont partout, qu’une centaine de communes sont ravitaillées par camions-citernes ou bouteilles, les golfs obtiennent des dérogations pour arroser les greens. » À ceux qui leur diraient que boucher des trous est anecdotique, Élie leur répond avec les chiffres d’un rapport sénatorial de 2002 : d’après ce dernier, la consommation annuelle d’eau des quelque 500 golfs du territoire était alors équivalente à celle d’environ 1 million de Français, un golf de 18 trous nécessitant 5 000 mètres cubes par jour.

Dénonçant des « attaques injustes » dans les médias, la Fédération française de golf a précisé le 8 août que le chiffre de 5 000 mètres cubes par jour était « 36,5 fois supérieurs à la réalité ». Mais aussi qu’en cas de sécheresse, « seuls les greens (essentiels à la survie du parcours) sont arrosés », et qu’ils ne représentent « qu’1 à 2 % de la surface totale du golf ».

« Loisir de privilégiés »

S’attaquer aux golfs, et non pas à d’autres sports très gourmands en eau comme les terrains de football, n’est pas un hasard. Au contraire. Pour le collectif Kirikou, le plus dommageable est que ces dérogations aient été données à un « loisir de privilégiés » et à un « plaisir bourgeois ». « S’il n’y avait pas de golf, cela ne manquerait pas à grand-monde. Il est temps d’arrêter les cas particuliers », affirme Élie. En 2021, la Fédération française de golf revendiquait 436 846 licenciés, s’entraînant sur plus de 700 structures. Une « culture de riches à abolir pour la culture alimentaire », dénonçait Extinction Rebellion à Limoges le 13 août.

L’action menée sur les greens sert aussi à pointer l’injustice sociale du changement climatique : il touche d’abord les plus pauvres, comme les paysans, dépendants eux aussi de cette ressource. Il n’y a « pas de justice climatique sans justice sociale », selon Extinction Rebellion, dont le nombre de personnes ayant rejoint Kirikou reste inconnu.

Anonymes, les membres de Kirikou regroupés cet été se revendiquent « de toutes origines et de tous âges, qui ne se retrouvent physiquement que pour les actions », précise Élie. « Avec les moyens démesurés mis en œuvre pour réprimer les moindres petites actions, nous risquons gros en agissant démasqués, souligne le porte-parole. Le but n’est pas de sacrifier nos vies, mais de vivre mieux. La seule limite à nos actions, c’est de ne pas causer de dégâts humains. »

Le collectif ne compte pas en rester là. Car depuis leurs actions, les dérogations n’ont pas été retirées et les golfs sont toujours ouverts. Kirikou a ainsi lancé une pétition à destination du gouvernement, déjà signée par près de 2 100 personnes, exigeant l’interdiction d’arroser les golfs. « Les politiques publiques doivent viser à réduire le plus possible la souffrance du plus grand nombre, affirme Élie. C’est à la politique de faire des choix pour le bien commun. »

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