La (con)fusion nucléaire

La sûreté nucléaire aidée par le numérique

Le mois dernier, nous vous racontions la saga des surgénérateurs, ces réacteurs nucléaires d’un genre particulier qui devaient « régler pour des millénaires la question de l’accès à l’énergie ». Or, depuis plus de cinquante ans, tous les grands pays nucléarisés, et en particulier la France avec Superphénix, ont totalement échoué dans cette voie. Au revoir veaux, vaches, cochons et miracles atomiques.

Mais voilà : les physiciens nucléaires ont d’autres cordes à leur arc, par exemple la fusion nucléaire. Tout comme pour les surgénérateurs, cette option est « vendue » par les physiciens avec des mythes à faire dormir debout : grâce à la fusion, nous aurons enfin « une énergie propre et illimitée, à un tarif dérisoire, et ne produisant pas de déchets radioactifs ». Rien que ça ! Que pourrait donc demander en plus le peuple ? Rien… à part un petit « détail » : la vérité !

Mais ce n’est pas le peuple qui a voix au chapitre, ce sont les « élites » qui tranchent. En France, c’est en particulier ce grand benêt de Jacques Chirac qui s’est fait ridiculiser par les contes et légendes atomiques. Notez que, pour essayer de progresser vers la maîtrise de la fusion nucléaire, il existe deux voies principales, aussi ruineuses et incertaines l’une que l’autre : le confinement magnétique et le confinement inertiel.

Eh bien en France, où les chercheurs et les politiciens sont toujours plus « intelligents » qu’ailleurs, nous avons le stupide privilège de nous ruiner dans les deux voies !

C’est ainsi que nous avons en Gironde, dans une charmante commune nommée Le Barp, le Laser Mégajoule, consacré à la fusion par confinement inertiel. C’est une installation gigantesque disposant de 170 faisceaux lasers convergents qui doivent tirer tous ensemble sur une cible d’un milligramme composée de deutérium et de tritium, deux atomes d’hydrogène. Les chercheurs nucléaires sont malins : en 1995, ils ont réussi à faire croire à Chirac, mais aussi aux « grands » médias, que le Mégajoule allait permettre de « simuler les essais nucléaires » autrefois réalisés en Algérie puis dans le Pacifique. Finalement, ça se révèle vrai : une totale simulation !

Va donc pour le confinement inertiel… ce qui n’a pas empêché le même Chirac d’obtenir en 2005 que le projet international ITER (confinement magnétique) soit construit en France, en faisant pour cela – avec notre argent – d’énormes chèques aux différents pays partenaires et en particulier aux Japonais, lesquels ont réussi à faire monter les enchères de façon insensée avant de « céder » face au Tartarin français.

Médias radioactifs

Nous avons donc l’immense et stupide fierté de compter deux installations pharaoniques et ruineuses qui, à part distraire les physiciens, ne servent à rien. Notons cependant que les États-Unis sont membres du projet Iter mais ont aussi un équivalent du Mégajoule, le National Ignition Facility (NIF) et, au célèbre Massachusetts Institute of Technology (MIT), un autre projet de confinement magnétique avec un réacteur plus petit qu’Iter mais supposé atteindre des températures plus élevées.

C’est que les physiciens américains sont aussi menteurs que les français : pour entretenir le suspense (et surtout les subventions), ils font de temps en temps des effets d’annonce tonitruants. C’est ainsi que, le 17 août, les chercheurs du NIF ont annoncé une « avancée historique » vers la fusion nucléaire par confinement inertiel.

Vexés, les physiciens du MIT ont contre-attaqué le 8 septembre en assurant avoir réussi… une « avancée majeure » dans la fusion nucléaire, par la mise au point du « plus puissant aimant du monde ».

Craignant d’être ridiculisés, les chercheurs d’ITER ont répliqué le 13 septembre en annonçant la construction de leur aimant principal qui, selon eux, sera « capable de soulever un porte-avions ». En réalité, ils n’ont fait que recevoir le premier élément nécessaire à la construction de ce fameux aimant mais, peu importe, il s’agissait de trouver quelque chose pour répondre aux annonces des Américains. Il faut vraiment féliciter le communicant itérien qui a trouvé le coup génial du porte-avions, on peut imaginer la rage des concurrents US avec leur pauvre « avancée historique ». Toutefois, les trois annonces ont eu droit partout sur Terre à d’innombrables articles béats. En France on attribuera la palme au Monde qui par exemple, le 18 août, a titré « Fusion nucléaire : une avancée historique réalisée par un laboratoire américain ».

Nous ne résistons donc pas au plaisir de rappeler au quotidien du soir que par exemple, le 12 novembre 1991, il annonçait : « Les Européens franchissent un pas décisif dans la fusion thermonucléaire » ; et le 12 décembre 1993 : « Les Américains effectuent une percée dans la fusion thermonucléaire ». Trente ans plus tard, toujours les mêmes annonces aussi ridicules pour des résultats nuls. Sachez d’ailleurs que, entre eux, les physiciens ont l’habitude de dire : « La fusion nucléaire est une énergie d’avenir, le problème c’est qu’elle le restera toujours ! » En attendant, ils font tout gober aux prétendus « grands » médias et arrachent aux politiciens des sommes astronomiques… que les citoyens ordinaires paient sans avoir leur mot à dire. La fusion nucléaire a au moins réussi une chose : désintégrer des milliards…

Stéphane Lhomme

http://www.observatoire-du-nucleaire.org/

http://www.ladecroissance.net/

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