Sur France Inter, câlins pour Bruno Le Maire

Sur France Inter, câlins pour Bruno Le Maire
par Pauline Perrenot, vendredi 2 octobre 2020

La première matinale radio au chevet du ministre.

Du journalisme rebelle, comme on l’aime sur le service public. Le 29 septembre, Bruno Le Maire patauge dans la contradiction. Le ministre affirme-t-il que le gouvernement continuera « à protéger les salariés » ? En chœur, Nicolas Demorand et Léa Salamé font silence. Que « la priorité c’est l’emploi [et] des usines qui ouvrent » ? Une relance (complaisante) sur les licenciements [1], mais pas d’exemple, alors que les plans dits « sociaux » se multiplient [2]. Le ministre lance-t-il que « la réforme des retraites est nécessaire pour garantir aux jeunes générations une retraite, plus juste et plus lisible » ? Le duo ne rebondit pas. Bruno Le Maire, toujours : « Quand nous versons un prêt garanti par l’État, la contrepartie essentielle, c’est de dire à l’entreprise : “vous ne versez aucun dividende et vous n’avez pas le droit d’avoir une filiale ou un siège dans un paradis fiscal” » ? Ça passe. Le barrage aux éléments de langage est héroïque.

Un combat si rude méritait un atterrissage en douceur…

En fin d’entretien, Nicolas Demorand lit l’intervention d’un auditeur – discutable au demeurant – au sujet du coronavirus : « […] La vie c’est le sport, les sorties, la culture, tout ce qu’on nous empêche de faire sans une quelconque étude scientifique valable ». L’animateur lui demande comment il reçoit cette déclaration ; Bruno Le Maire se lance (le verbatim complet figure en annexe) :

Je reçois [cette déclaration] comme quelqu’un qui a été confiné [pendant] huit jours, qui a été confronté à cette maladie. Ce n’est qu’un témoignage personnel, qui vaut ce que vaut un témoignage personnel, ni plus ni moins que celui d’un autre […]. Si vous allez dans un hôpital et que vous voyez les personnels soignants, leur dévouement, leur sens humain, et que vous voyez le déchirement que ça peut être pour un chef de service de se dire : « Voilà, j’ai 12 lits de réanimation, mais je suis obligé de dire à quelqu’un qui doit être opéré du cancer que ça ne sera pas demain parce qu’il faut que je garde des lits pour des patients Covid », je pense que ça incitera chacun à faire preuve de plus de sens des responsabilités. Arrêtons avec l’égoïsme ! Ayons juste un peu de cœur, c’est tout ce que je demande, de cœur, et de sens des responsabilités.

C’en est trop pour Léa Salamé. Furibonde, la journaliste ne laisse pas passer : « Vous ne livrez pas vraiment un témoignage “comme les autres” Bruno Le Maire… Vous êtes ministre, dans un gouvernement aux manettes depuis trois ans, et depuis six mois, aux commandes de ce qu’Emmanuel Macron a appelé la “guerre” à la crise sanitaire… »

Avant d’exploser pour de bon contre une telle prise à témoin des personnels soignants : « Mais quand même… votre gouvernement n’a pas accédé à leurs revendications Bruno Le Maire. Les créations de postes, de lits par exemple, et ils continuent de s’en indigner aujourd’hui, y compris à ce micro, à votre place, pas plus tard que jeudi dernier [3]. Autre chose encore, l’AFP signalait hier que sur la seule année 2019, “3400 lits ont été supprimés”. Et nos valeureux confrères du Monde , en juin, montraient – je lis leur titre ! – comment “la doctrine de la fermeture des lits à l’hôpital est venue se fracasser sur l’épidémie”. Alors se faire le porte-parole des personnels soignants, franchement Bruno Le Maire, quelle indignité ! »


Diantre !… Mais on se réveille. Ce n’était qu’un rêve. Et le couperet tombe… pour de vrai :

Léa Salamé : Comment vous allez aujourd’hui ? Vous avez encore des séquelles ?

Au journalisme, un prompt rétablissement.


Pauline Perrenot


Annexe : Tirade de Bruno Le Maire – verbatim

Moi je reçois [cette déclaration] comme quelqu’un qui a été confiné depuis huit jours [sic], qui a été confronté à cette maladie. Ce n’est qu’un témoignage personnel, qui vaut ce que vaut un témoignage personnel, ni plus ni moins que celui d’un autre, qui court d’habitude 25 à 30 km par semaine, et qui aujourd’hui ne peux plus courir, précisément parce qu’il a été confronté à cette maladie, qui n’est pas une maladie anodine : qui s’en prend à vos poumons, qui vous donne un sentiment d’oppression qui est très pénible, parfois même angoissant. Donc on dit toujours ça tant qu’on n’a pas vécu cette maladie. Une fois qu’on y est passé, je pense qu’on voit les choses un peu différemment. Et si on aime les personnes autour de soi, parce que moi j’ai 50 ans je suis en forme physique que je fais du sport je pratique régulièrement [Salamé : Et pourtant ça a été violent !] Pourtant ça a été violent. Mais si ça tombe sur quelqu’un que vous aimez et qui est plus fragile, qui est en surpoids ou qui est très âgé ou qui a des problèmes de santé, là je peux vous dire que je vous regretterez au plus profond de vous-même d’avoir prononcé ces mots. Et si vous allez dans un hôpital et que vous voyez les personnes soignants, leur dévouement, leur sens humain, et que vous voyez le déchirement que ça peut être pour un chef de service de se dire : « Voilà, j’ai 12 lits de réanimation, mais je suis obligé de dire à quelqu’un qui doit être opéré du cancer [que] ce sera pas demain parce qu’il faut que je garde des lits pour des patients Covid », je pense que ça incitera chacun à faire preuve de plus de sens des responsabilités. Arrêtons avec l’égoïsme ! Ayons juste un peu de cœur, c’est tout ce que je demande, de cœur, et de sens des responsabilités.

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