Dordogne : l’artiste occitan Joan-Pau Verdier est décédé

Notre ami Joan Pau Verdier nous a quitté

Lo nòstre amic Joan Pau Verdier es defuntat

Le chanteur, également chroniqueur radio, s’est éteint dans la nuit de samedi à ce dimanche à 73 ans. Retour sur un parcours hors normes.

Un monstre sacré du monde occitan vient de disparaître. Jean-Paul Verdier, alias Joan-Pau Verdier, est décédé dans la nuit du samedi 20 à ce dimanche 21 juin, des suites d’une longue maladie. Il avait 73 ans. Auteur, compositeur, musicien, il restera comme l’une des voix iconiques de la nouvelle scène occitane qui s’est invitée à la radio, puis à la télévision entre 1970 et 1989.

Profonde émotion à l’annonce de la disparition de Joan-Pau Verdier, artiste militant dont le talent, la liberté et l’amour de la langue occitane auront marqué des générations de Périgourdins.

Né à Périgueux (Dordogne) en 1947, rue du Lys, dans l’ancien quartier des Rues Neuves, Joan-Pau Verdier apprend l’occitan avec son grand-père originaire de Corrèze, qui est ouvrier aux ateliers SNCF dans la capitale du Périgord. Élève brillant au lycée Bertran-de-Born, il se découvre une passion précoce pour la guitare et monte son premier groupe de musique, Les Fourbes, avec le futur sociologue François Dubet, autre nom fameux d’une promotion qui compte également dans ses rangs l’écrivain occitan Michel Chadeuil.

Bande originale d’un film

Dans la cité communiste de Saint-Léon-sur-l’Isle, où il déménage avec ses parents quand il est encore adolescent, Joan-Pau Verdier se prend d’amitié pour le futur réalisateur Jean-Pierre Denis. « Il chantait Brel, Brassens, Léo Ferré en français. Sa voix était là. L’occitan est venu après », raconte le cinéaste, dont la propre carrière s’envole dix ans plus tard avec « Histoire d’Adrien », un film en occitan dont Joan-Pau Verdier signe la bande originale.

Étudiant en fac de lettres à Bordeaux, le jeune homme trompe l’ennui avec sa guitare en chantant les textes de son ancien camarade de lycée, Michel Chadeuil. Animé par l’envie de « vivre de son art », dixit le professeur d’occitan Martial Peyrouny, il monte à Paris où son talent fait mouche.

« Sonorités d’une rare modernité »

Signé par la major Philips, « il bouscule la scène de la chanson occitane avec des textes et des sonorités d’une rare modernité », indique son compagnon de route, Jean Bonnefon, autre figure incontournable du monde musical occitan. «  Il a ouvert une nouvelle voie dans la musique en faisant fi des critiques émises par les puristes en introduisant du rock, du folk, des notes qu’on n’avait jamais entendues », poursuit l’intéressé, dont le groupe Peiraguda se réclame de son influence.

Le succès est immédiat. « C’est devenu une star », raconte Nicolas Peuch, accordéoniste et complice de JP Verdier au micro de l’émission dominicale « Meitat chen meitat pòrc », sur France Bleu Périgord. Une star qui n’en garde pas moins sa simplicité. « Il est passé à Bobino, a chanté à la Fête de “l’Huma” et même dans les émissions télévisées des Carpentier. C’est à cette époque qu’il fait la connaissance de Bernard Lavilliers dont il est resté très proche par la suite. » « Il est toujours resté très abordable, raconte le conteur occitan Daniel Chavaroche. Il se rendait disponible pour les petits festivals qui pouvaient être organisés ici ou là. »

En 1998, Jean Bonnefon, alors directeur de Radio France Périgord, propose à Joan-Pau Verdier, de retour en Dordogne, d’animer une émission hebdomadaire sur les ondes de la station. Ce sera « Meitat chen meitat pòrc », un rendez-vous dont il partage l’affiche avec le jeune et encore timide Martial Peyrouny.

« J’étais un jeune enseignant, il était au sommet de son art. Nous nous sommes apprivoisés peu à peu. Cette belle aventure a duré vingt-cinq ans jusqu’à ce que je cède ma place il y a deux ans à Nicolas Peuch », raconte son ancien complice, attristé par la disparition de celui qu’il aimait à comparer à Alan Stivell pour la musique et Lou Reed pour la voix. « On vient de perdre l’un des plus grands artistes périgourdins du XXe siècle », conclut sans emphase Martial Peyrouny. 

Un avis largement partagé par Jean Bonnefon qui a fondé le groupe Bigaroc avec Joan-Pau Verdier en 1991. Une aventure de quatre ans, dont « chacun savait par avance qu’elle ne durerait pas », confie la figure de proue de Peiraguda. L’attelage se reformera avec la complicité de Patrick Salinié, dix ans plus tard pour chanter Brassens pendant huit ans.

Un de ses tubes

Chroniqueur affûté et percutant, Verdier a été un fin observateur de son temps, utilisant une langue naturelle, facile d’accès, vivante et évolutive, prouvant jour après jour que l’on peut tout dire en occitan. Son dernier CD « Rêves gigognes » contenait des chansons en occitan et en français, textes ciselés, comme « Les Dés de Mallarmé », « Filh de lop, filh de lebre ». Son tube « L’Eissarpa de fuòc », dédié à Louise Michel, est interprété partout dans le monde occitan.

Les obsèques de Joan-Pau Verdier auront lieu mercredi 24 juin, au cimetière de Chancelade, près de Périgueux, à 16 heures.

Dordogne : l’artiste occitan Joan-Pau Verdier est décédé

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Ma marseillaise à moi – Joan-Pau Verdier

Les petits cons miteux surgissant de l’ornière
les anciens combattants sous leur débilité
les soldats trop connus qui n’sont pas morts d’hier
le bon Français qui vient se réhabiliter
toute la faune imbue de la patrie française
s’est mise au garde-à-vous tel un seul corps puissant
aux accents discordants de cette Marseillaise
qui n’a pour Canebièr’ que des boul’vards de sang

Ma Marseillaise à moi, c’est le bruit des fontaines
ma Marseillaise à moi, c’est la chanson du vent
c’est le voile bleuté de beauté souveraine
quand la lune en tapin à la sorgue se vend
c’est l’appel du pollen à son flirt l’abeille
c’est le miel du printemps dans les ruches d’amour
les fleurs de l’amitié qui poussent en corbeille
rafraîchies de rosée dans les parfums du jour.

Des larmes tricolores jaillissent des paupières
quand s’élève un drapeau violé depuis longtemps
j’en sais de fous furieux du fond des cimetières
ne bouge pas Lazare, il n’est pas encor temps !
laisse-les se leurrer, se goinfrer d’uniforme
laisse-les ces voyeurs d’un pays décadent
lorgner leur beau drapeau sans chatoiement ni formes
sous ma feuille de vigne je réinvente Adam

Car mon drapeau à moi, c’est ce bout de nuage
sans couleur sans patrie sans clairon sans soldat
la première goutte d’eau tombée les soirs d’orage
ma terre-troubadour qui fredonne tout bas
car mon drapeau à moi c’est un baiser de femme
la femme que la vie a nichée sous mon toit
ma guitare enflammée quand je monte une gamme
et que les notes agiles caressent mes doigts

C’est mon drapeau à moi
ma Marseillaise à moi

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