Coronavirus : chronique d’une catastrophe annoncée…

Il est temps d’arrêter de parler d’incompétence en matière de gestion gouvernementale de la crise du COVID-19. Depuis 20 ans, les alertes sur les risques pandémiques n’ont cessé d’être adressées aux gouvernements successifs par les services médicaux, les écologues et les centres d’épidémiologie. Concernant les moyens, en 2013, nous disposions encore d’une bonne partie des outils qui nous auraient permis de lutter efficacement contre cette pandémie. Nous avions des stocks de matériel médical spécifique pour répondre au risque pandémique et nous avions encore des moyens hospitaliers à la mesure des problèmes. Or, gouvernement après gouvernement, des choix très clairs ont été faits par les responsables pour abandonner ces stocks et détruire de façon consciencieuse l’hôpital public. Ils l’ont fait en toute connaissance de cause puisque, dans le même temps, les scientifiques démontraient année après année que le risque pandémique ne faisait que croître.
Qu’on ne dise plus jamais qu’ils ne savaient pas, qu’ils ont été incompétents.
C’est bien pire que l’incompétence : malgré les alertes, pour des raisons budgétaires, d’idéologie libérale, ils ont détruit les équipements et services qui nous auraient permis de passer cette crise sans drames inutiles. Ces gens auront à répondre devant la justice de la mise en danger de la vie d’autrui à l’échelle continentale. En attendant, ce sont les petites mains de la République, les soignants, personnels d’entretien, pompiers, livreurs, commerçants, qui compensent leurs manquements en en payant le prix fort.

Voici la chronique de cette catastrophe annoncée :

2006 : Lancement d’un système mondial d’alerte rapide dédié aux zoonoses, opération conjointe FAO/OIE/OMS. Suite aux épidémies de SARS, ESB, grippe aviaire, ce système d’alerte entérine la prise en compte à l’échelle mondiale des risques avérés de pandémies, notamment liés aux zoonoses.

2007 : premier plan national de gestion des pandémies grippales en France.

2007 : création de l’EPRUS, qui gère la réserve sanitaire (personnel soignant de réserve) et les réserves stratégiques de matériels pour lutter contre les pandémies. Il n’intégrera ses locaux qu’en 2009 et son statut d’établissement pharmaceutique attendra également 2009 pour être validé. Cet établissement est sous tutelle unique du ministère de la santé et profite d’un fond abondé par l’Assurance Maladie et l’Etat (ministère du budget et des finances).

Evolution du budget de l’Eprus* :

année2007/ 2008/ 2009/ 2010/ 2011/2012/2013/2014/ 2015
montant
en M€
281/115,4/791,2  / -46/29,3/41,8/47,4/38,4/ 25,8

Rapport d’information n° 625 (2014-2015) de M. Francis DELATTRE, fait au nom de la commission des finances du Sénat, déposé le 15 juillet 2015

En 2015, alors qu’une partie des stocks arrivent en limite de péremption, l’EPRUS reçoit un budget plus de 10 fois inférieur à celui de son année de création. Les stocks gérés par l’EPRUS n’ont pas cessé de fondre depuis 2009 :

https://ecologuesenrageshome.files.wordpress.com/2020/04/eprus.jpg?w=981

En 2012, il y avait 600M de masques FFP2 (équivalent à la valeur cible) et 800M de masques chirurgicaux (valeur cible fixée à 1 Md).


En 2015, il n’y avait toujours pas de stocks stratégiques de produits de santé en outre-mer, principalement pour des problèmes douaniers et d’octroi de mer.


A noter :  l’EPRUS gérait également les stocks pharmaceutiques de
pilules d’iode pour les alertes nucléaires

2008 :  Après l’épisode de grippe aviaire l’ONU entérine les risques accrues de pandémies liés à l’augmentation des échanges et du trafic entre les états.

2009 : plan national de gestion des pandémies grippales révisé en 2011 suite à l’épisode de grippe H1N1.
Ce plan national prévoit la constitution de stocks pharmaceutiques stratégique (cf EPRUS) et un plan global d’organisation des services de santé à l’échelle nationale. Il y est précisé l’ensemble des procédures avant, pendant et après la crise sanitaire. La totalité des étapes que nous avons vécu depuis les premières contaminations en Chine y sont clairement détaillées, mais il est évident qu’une partie n’a pas été respectée. Surtout, il est fait mention de la nécessité d’avoir une préparation très en amont notamment pour disposer de personnels qualifiés, mais également de stocks pharmaceutiques et surtout des équipements de protection individuels dont les masques pour le personnel hospitalier mais également pour la population.
Ce plan prévoit, dans sa déclinaison territoriale, de charger les préfets de « sécuriser des établissements de production et de stockage des moyens de protection et produits de santé ».

2009 : suppression de 1.000 lits en réanimation, passant ainsi de 5.700 à 4.700 lits (Données officielle du ministère de la santé) sous le gouvernement Fillon.

2011 : un rapport du Haut Conseil de la Santé Publique indique que « Dans le contexte d’un risque élevé tel que le SRAS, la revue systématique d’études observationnelles suggère une efficacité préventive élevée des masques anti-projection et des appareils de protection respiratoire« . Il indique bien par contre que dans le cadre d’un risque faible (grippe saisonnière), ce port du masque ne change rien principalement parce qu’il n’est pas dans la culture européenne d’être suffisamment sérieux avec cet équipement.

Depuis le début de la crise du Covid-19, le gouvernement et la direction de la santé expliquent que le port du masque ne sert à rien (M. Philippe, Mme Ndiaye, M. Véran, Mme Buzyn. M. Salomon). C’est vrai pour la grippe saisonnière, c’est un mensonge pour le COVID-19 en raison de sa gravité et du contexte pandémique. Ce mensonge n’est répété que pour camoufler le fait qu’en 2019, les stocks de masques présents en 2011 sont tout simplement absents. Ils ont disparu des stocks suite aux décisions prisent à partir de 2011, malgré les avertissements du HCSP.

2012 : le bilan de la présidence Sarkozy (santé : Bertrand/Bachelot) est de 46.500 lits hospitaliers supprimés.

2012 : suppression de 1.100 lits en réanimation, passant ainsi de 4.700 à 3.600 lits (Données officielle du ministère de la santé) sous le gouvernement Ayrault.

2013 : Les services du Premier Ministre J-M. Ayrault décide de se désengager des réserves de stocks de masques FFP2 et d’en laisser la responsabilité aux employeurs :
« Il revient à chaque employeur de déterminer l’opportunité de constituer des stocks de masques pour protéger son personnel. »

2014 : Une étude globale parue dans le Journal of the Royal Society confirme par une étude statistique l’augmentation progressive durant ces dernières années des maladies infectieuses touchant l’homme.

2015 : Une distinction est faite entre stocks stratégiques relevant de l’Etat et stocks tactiques relevant des établissement de santé et de leurs fonds propres. Cette mesure strictement budgétaire permet de classer les masques FFP2 en catégorie tactique qui n’est pas à la charge de l’Etat. Ils ne sont donc plus renouvelés par l’EPRUS ni par l’ANSP qui prend la suite et sont laissés à la charge des établissements de soin sur leurs fonds propres (en relation avec leur activité). Les masques chirurgicaux pourtant stratégiques sont eux également en diminution sans doute en relation avec les coupes budgétaires régulières..

2016 : Intégration de l’EPRUS au sein de l’Agence Nationale de Santé Publique. Depuis cette date, il est impossible de trouver la moindre information publique concernant l’organisation de services de l’Etat pour les risques de pandémie grippale.

2017 : Le bilan de la présidence Hollande (ministres : Macron / Touraine) est de 17.500 lits hospitaliers supprimés.

2017 : sur les 6 années précédentes, les salaires hospitaliers ont augmenté de 1,1%. Sur la même période, l’inflation était de 4,7%. La baisse de pouvoir d’achat associé à des salaires déjà bas par rapport au privé entraine une baisse des vocations, avec une baisse du nombre de personnel par lit hospitalier, augmentant ainsi la diminution du service de soin généré par la réduction des lits alors que l’activité hospitalière notamment les services d’urgence ne cesse de croître. Concernant les salaires homme/femme, l’hôpital confirme la tendance nationale avec des salaires pour le personnel féminin inférieur de 20% à celui des hommes.

2018 : fermeture de l’usine Honeywell en Bretagne, dernière entreprise en France fabriquant des masques chirurgicaux (200 M/an). L’usine est délocalisée en Tunisie et les machines de l’usine bretonne sont concassées et envoyées en déchèterie. Ceci, malgré l’obligation du préfet (Christophe Mirmand) de sécuriser la production locale de ce type de matériel (déclinaison territoriale du PNGPG).

2018 : fermeture et délocalisation de l’usine Luxfer en Bretagne, dernière entreprise en Europe fabriquant des bouteilles d’oxygène à usage médical. Ceci, malgré l’obligation du préfet (Jacques Billant) de sécuriser la production locale de ce type de matériel (déclinaison territoriale du PNGPG).

2019 : Début de la plus grande grève du personnel hospitalier pour disposer de moyens, de capacité d’accueil et de salaires décents. Ce mouvement de contestation s’est régulièrement fait écrasé dans la rue par les forces de Police. Il est toujours en cours, mais en sommeil en raison de la crise sanitaire sans précédent que nous vivons.

2019 : Apparition du COVID-19, sans doute lié à une chaîne de contamination chauve-souris / pangolin / homme. Le pangolin est une espèce en danger notamment en raison d’une sur-prédation humaine en Asie, qui en consomme plusieurs 10aines de milliers par an pour sa chair, ses écailles et sa peau, plus un usage domestique plus anecdotique (commerce illégal depuis 2000).

2020 : le bilan provisoire de la présidence Macron (ministre Buzyn / Véran) est de 4.170 lits hospitaliers supprimés.

Depuis 15 ans, ce sont 69.000 lits hospitaliers qui auront été supprimés.

2020 : les écologistes qui annonçaient depuis plus de 20 ans une augmentation des risques pandémiques liée à la destructuration des espaces naturels commencent à être lus et écoutés :
David Quamenn**, Thomas Gillespie,…

2020 : le personnel hospitalier manque de tout : lits de réanimation, blouses, médicaments, respirateurs, champ clos et bien entendu masques alors que l’ensemble des stocks de 2013 auraient permis de passer la première phase de l’épidémie de façon organisée.

Après nous avoir expliqué que la pandémie s’arrêterait aux portes de l’Europe et que nous ne risquions rien, après avoir dit qu’il était inutile de contrôler et de tester les personnes revenant de zones à risque, les ministres et préfets en charge de la gestion de crise expliquent maintenant que les masques ne sont pas nécessaires pour protéger la population qui ne sait de toute façon pas s’en servir, qu’il faut rester confiné mais aller travailler et aller voter, que la situation n’était pas prévisible et qu’ils gèrent parfaitement la situation, que le personnel hospitalier qui à été contaminé l’a été à l’extérieur de l’hôpital, et que les gens contaminés l’ont été parce qu’ils ne respectaient pas le confinement.
De prochaines ignominies sont probablement à venir (et nous en avons certainement oubliées)… Pour le reste, ils n’ont fait qu’appliquer plutôt maladroitement des procédures qui étaient en place depuis 2011, en faisant de nécessité vertu : expliquer par exemple que les masques et les tests ne servent à rien tout simplement parce qu’ils n’en ont pas. Et surtout, en sous-estimant sciemment l’importance de la pandémie dans les premiers mois pour préserver l’économie et garantir la tenue des élections locales.

En attendant, 600 postes devaient être supprimés maintenant à l’Hôpital de Nancy, face au tollé  le ministre Veran vient de le suspendre…

2021 : premiers procès contre les responsables du désastre national et international du Coronavirus.

Emmanuel Macron est destitué ainsi que l’ensemble de son gouvernement. Plus de la moitié des conseillers et ministres sont condamnés à des peines de prisons avec sursis. Mmes Buzyn et Ndiaye, MM. Véran et Philippe sont condamnés à 5 ans de prison ferme pour mise en danger de la vie d’autrui et mensonge d’Etat & destruction volontaire d’institutions d’Etat stratégiques (accusations créées pour l’occasion).

Emmanuel Macron protégé par l’immunité présidentielle refuse de se rendre au procès et échappe à toute procédure. Il est engagé par un fond de pension européen spécialisé dans les mutuelles privées.

** David Quamenn : Animal Infec­tions and the Next Human Pande­mic, 2014

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lthieulle5 avril 2020Coronavirus, COVID-19

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