Barcelone 1936 : La CNT/FAI s’expose

CNT FAI Espagne

La mémoire d’une expérience unique au monde, une révolution anarchosyndicaliste et anarchiste en grandeur réelle à Barcelone, est actuellement offerte gratuitement aux archives photographiques de Barcelone, près de la Bourse du travail.

Sous la houlette de la Confédération nationale du travail (CNT) et de la Fédération anarchiste ibérique (FAI), l’expérience d’une commune anarcho-syndicaliste et anarchiste a vécu quelques mois, de juillet 1936 à mai 1937 à Barcelone. Le fonds documentaire, avec films, photos et documents a tout d’abord été envoyé sous protection aux Pays Bas puis en Grande Bretagne pour revenir aux Pays Bas et enfin à Barcelone après de multiples péripéties.

Quelle émotion de se trouver en face d’un monde englouti par la victoire franquiste certes, mais aussi par une confrontation sans concession qui a secoué les différentes forces qui soutenaient la République des Peuples d’Espagne. En parcourant l’exposition, on est frappé par la présence de trois thèmes récurrents, sans préférence de priorité :

– La volonté d’éliminer la religion et toutes ses représentations en transformant les églises en maisons du peuple, en dispensaires ou autres occupations collectives ;

– La volonté de donner aux femmes et aux enfants la plus belle part de la réussite d’une révolution ouvrière fondée sur une volonté égalitariste sans concession ;

– La volonté d’être les meilleurs pour lutter contre le danger fasciste.

Cette expérience sera noyée dans le sang. Très peu d’anarchistes pourront survivre aux massacres. Les survivants seront retrouvés avec les autres républicains, soit dans la résistance, soit dans les colonnes des armées alliées, dont la Nueve. Beaucoup seront envoyés et exterminés dans les camps de concentration nazis. Quoi qu’on pense de l’utopie concrète qui s’est révélée dans un contexte très particulier, il ne faut pas oublier que la mémoire a laissé des traces qu’on retrouve dans l’ensemble du mouvement social de l’Espagne actuelle. Ce n’est pas une organisation mais plutôt un état d’esprit qu’on retrouve particulièrement chez les travailleurs de Catalogne, qu’ils soient indépendantistes ou non. Les diverses expériences coopératives initiées notamment en temps de crise pour contourner le couperet de la liquidation et de la misère ont atteint un niveau bien supérieur en Espagne qu’en France. Il ne s’agit pas d’une copie conforme de l’idéal perdu de la CNT et de la FAI, bien sûr, mais les anarchistes d’hier ont donné le ton de l’originalité du mouvement social espagnol qui ne ressemble en rien au français. Les partisans de Durruti étaient, à leur façon, partie prenante du mouvement d’émancipation du monde du travail. Certains rappellent les méthodes expéditives, l’exécution d’ecclésiastiques, les exhumations de tombes en Eglise qui ressemblaient à celles qui ont été exécutées pendant la Révolution française à la basilique de Saint-Denis, boomerang d’un monde qui exprimait son aspiration à sortir de la prison religieuse dans laquelle était enfermée l’Espagne de l’époque. Mais ils oublient l’immense espoir qu’avait tout un peuple de bâtir une société de justice et de fraternité, en sortant des ténèbres du féodalisme version catholique. Cette exposition leur rend hommage.

https://blogs.mediapart.fr/yvon-huet/blog/201219/barcelone-1936-la-cntfai-s-expose

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