A Perpigang : les manifestants étaient nombreux et à l’heure

(Retour sur la journée de mobilisation du 5 décembre)

Tout d’abord merci.

Merci à la pluie de ne pas avoir tambouriné trop fort.

Merci aux forces de l’ordre d’avoir su rester discrètes.

Merci à monsieur Micro de la Cégète de nous avoir expliqué pourquoi nous étions là (des fois que trop cons nous aurions confondu grève générale et black Friday).

Merci aux organisateurs de cette belle marche de nous avoir concocté une déambulation aussi originale que triste à mourir.

Merci à celles et ceux du Conflent, du Vallespir, des Corbières et d’ailleurs d’avoir répondu, en masse, présents (c’est pas tous les jours qu’on est en nombre et qu’on fait une aussi stérile figuration).

Merci à toutes et tous de votre ponctualité : n’oublions pas qu’il était aux alentours de midi lorsque le cortège de tête rejoignait gaillardement le pont Joffre. (Du coup, les sandwichs aux saucisses n’ont pas eu le temps de refroidir).

Alors oui, en un mot comme en cent : merci.

Merci aux organisateurs aux ordres de la préfectance d’avoir réussi cet inédit tour de force : réunir plus de 10 000 personnes à Perpigang pour mieux les neutraliser et invisibiliser. Clair qu’à part quelques rares familles massées sur leur balcon et les étourneaux, y’avait pas grand monde pour nous applaudir. Nous envoyer zoner sur le macadam d’un Vernet dépeuplé, tout ça pour voir deux pompiers craquer des fumigènes en haut d’une passerelle. Il y a avait là un défi à relever. Un symbole à partager. Le graal censé justifier une déambulation chiante et triste, étirant ses molles unités le long d’avenues désertes. Mais qu’on se rassure : l’objectif est atteint et le mobilier urbain sain et sauf. Aucune poubelle n’a été lâchement brûlée ou vitrine insidieusement taguée. Nul commerçant du centre-ville n’aura eu à baisser le rideau. Même les bicoques du marché de Noël ont été épargnées. C’est pour dire qu’on a assuré le steak.

On appelle ça donc une manif responsable. Une manif adulte. Une manif qui gère ses troupes, étouffe les cris de ses dissidents avec son insupportable bande-son. Aux chiottes les hymnes à Guevara et autre Bella Ciao enregistrés ! C’est à nous de mettre en musique nos colères, à époumoner nos slogans, à accorder le violon de nos gueulantes. Une manif c’est d’abord un rythme qui cherche à coordonner ses troupes. C’est des voix qui tout d’un coup s’expulsent de leur carcan et vont se frotter aux nuages ; c’est des jambes qui ajustent leurs indociles galops ; des regards qui se cherchent, se reconnaissent et s’appuient les uns sur les autres.

Pour ceux qui voient pas de quoi je parle : fallait bouger son cul et se mêler aux Gilets jaunes. Ça fait plus d’un an que les fluos ont liquidé les vieilles pratiques militantes. Et avec quel panache ! Ils en ont pris des coups dans la gueule et pourtant ils sont toujours là. Eborgnés, incarcérés, fatigués, plumés mais toujours là.

Alors camarade, tu la veux ta révolution ?

Vire ton drapeau, déserte ta chapelle et ouvre tes chakras.

L’Histoire, la vraie, la sociale, se joue en ce moment sous tes yeux.

Et elle est plutôt pressée. Entre les radicalisés de la casse sociale et la fonte des banquises, l’urgence devient chaque jour plus urgente.

Stan Zeguetto

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