Le crottin du Diable

23 avril 2019 par Floréal

« L’argent, messieurs, c’est le crottin du Diable ! »
(François d’Assise)

De prime abord, évidemment, on peut estimer préférable que des centaines de millions d’euros soient consacrés à la réparation d’une architecture admirable comme celle de Notre-Dame, plutôt qu’à l’achat de yachts toujours plus grands et luxueux, ou de propriétés cossues sur des îles paradisiaques. La question centrale me paraît davantage devoir se poser sur le fait que dans une République à la devise admirable mais éminemment mensongère deux personnes peuvent à elles seules balancer 300 ou 400 millions d’euros sur la table, et se permettre même de ne pas exiger, comme elles en ont le droit, la défiscalisation de leur don (en les y poussant un peu, quand même).
Il faudrait commencer par rappeler à ceux qui saluent ce geste « admirable » qu’il n’empêchera en rien les richissimes entrepreneurs en question de continuer à faire fructifier leur petit capital, que la vente de yachts et de belles propriétés ne devrait pas en souffrir, et que les sommes qu’ils abandonnent à l’admiration des gogos correspondent à peu près à cet euro qu’il nous arrive de glisser dans la main des mauvais musiciens du métro venus écorcher nos oreilles entre Nation et Belleville.
Je lis, consterné par des propos d’une telle naïveté, et parfois d’une telle bêtise, sous la plume de certains qui ne manquent jamais de rappeler leur attachement à une gauche humaniste, que cet argent ne sortirait pas de nos poches et que ce don n’appauvrira donc pas davantage les pauvres et les modestes. Mais cet argent, d’où sort-il ? Est-il tombé du ciel ? Serait-ce un don de Dieu, ou plutôt du Diable, si l’on en croit saint François ?
J’invite aimablement tous ceux que l’indécence abjecte de certaines grandes fortunes ne trouble guère à réviser la définition de certains termes : capitalisme, exploitation du travail, profit, plus-value, classes sociales, etc. Autrefois, tout cela relevait du b.a.ba pour des gens de gauche, même les plus modérés. Les temps ont changé. Leur acceptation de ce qui est et leur satisfaction béate devant tant de « bonté » sont devenues presque aussi écœurantes que cette « générosité » avec tambour et trompette d’une poignée de multimilliardaires dont les fortunes, oui, ont été volées au plus grand nombre et ne peuvent exister que s’il y a, d’un autre côté, difficultés et pauvreté permanentes. Amen.

https://florealanar.wordpress.com/2019/04/23/le-crottin-du-diable/

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