A propos du 11 novembre, savez-vous que …

La Libre pensée vous conseille de voir en replay le documentaire sur France 5 : »1914-1918 : les refus de la Guerre ». Vous y verrez que, loin de la théorie du consentement, dès le début de la boucherie impérialiste des voix se sont élevées contre la guerre.

La Libre Pensée dit Non à la Guerre, à toutes les guerres !

C’est pourquoi, elle organise le 11 novembre  autour des monuments et lieux pacifistes dans ce pays, une centaine de rassemblements pour que Maudite soit la Guerre ! Elle appelle les pacifistes, les internationalistes et les laïques à y participer massivement.

 

Voir sur notre site les lieux et heures des rassemblements

 

A propos du 11 novembre, savez-vous que…

Il a été annoncé sur un air de sonnerie militaire que Donald Trump allait participer au défilé et à la parade pour le centième anniversaire du 11 novembre 1918. Cela n’a l’air de rien, mais c’est  très significatif. Depuis 1918, il n’y a jamais eu de défilé militaire pour le 11 novembre, sauf le 11 novembre 1944, qui a mélangé les civils et les militaires. C’était la Libération. Mais autrement, JAMAIS il n’y a eu de parade militaire à cette occasion. Les anciens combattants, les soldats, les victimes de guerre, les « gueules cassées » ont interdit depuis 1918, la glorification de la guerre le 11 novembre. Le défilé de la « Victoire », c’était le 14 juillet 1919. Les 14 juillet, il y a depuis le défilé militaire pour « exalter » la force militaire de l’impérialisme français.

Les survivants de la boucherie impérialiste de 1914-1918 ont imposé que le 11 novembre prenne un caractère contre la guerre, pour la paix et l’entente entre les peuples. « Plus jamais cela ! ». Et on nous annonce qu’Emmanuel Macron et Donald Trump vont présider un défilé militaire à Paris le 11 novembre 2018 !

Le symbole est clair : c’est la guerre qui dure, c’est la guerre qui vient. C’est la guerre comme seul horizon

Il y a 200 000 soldats US (soit l’équivalent de 15 divisions) qui sont présents dans 177 pays. Les troupes françaises sont sur le sol de dizaines de pays pour faire la guerre. Il y  a 13 000 soldats français dans le monde, dont 7 600 en Afrique et 5 600 au Moyen-Orient. Les USA dépensent chaque année 610 milliards de dollars (soit 35,10% des dépenses mondiales d’armement) et la France, 57,80 milliards. A eux deux, ces deux pays, c’est presque la moitié des dépenses d’armement du monde. Et, bras dessus-bras dessous, Trump et Macron vont défiler ensemble devant les troupes ?

Quelle autre signification que le maintien de la guerre et de l’exploitation ?

Le 11 novembre, comme date du souvenir, de la commémoration, du refus de la guerre, de la gloire des généraux s’est bâti dans un mouvement contradictoire. Les contemporains n’ont, comme trace de cette construction, que les discours officiels, il nous faut donc débuter l’enquête de la construction du 11 novembre pour saisir que la guerre est plus qu’une « trace qui est entretenue, de génération en génération, avec des témoignages qui sont restés de la part de ceux qui ont vécu l’horreur. ». Il s’agit bien plus que d’une trace.

A la recherche d’une commémoration

Pourtant, la trace de cette guerre est inscrite dans chaque famille, c’est dans les chairs de chacun des citoyens que l’horreur est inscrite : morts, disparus, mutilés, traumatisés, veuves, orphelins. On peut comprendre que les trois jours qui ont suivi la déclaration de la fin de la guerre aient connu de grands rassemblements festifs, avec un certain gout de rancœur et de dégout. Dans son ouvrage « 11 novembre, du souvenir à la mémoire », Rémi Dalisson explique : « Cette ambivalence qui minore la joie du triomphe par la tristesse devant les massacres et les souffrances, illustre toute l’ambiguïté de la commémoration de la fin de la guerre, en France comme ailleurs (…) Car une tension apparaît immédiatement entre les anciens Poilus et le pouvoir avide de célébrer la victoire du régime – et de ses valeurs – mais aussi la Revanche. Les survivants sont en effet écœurés par les massacres, les errements stratégiques du Commandement, l’incompréhension de l’arrière et l’absurdité du conflit, toutes choses qu’ils savent partagées par leurs homologues allemands. »

Le 11 novembre : Commémoration religieuse ou journée des Poilus ?

La célébration de la bataille de la Marne dans laquelle l’Eglise s’est engouffrée lors de la guerre en imposant une messe, va servir de modèle aux commémorations du 11 novembre. Cependant, il faut compter sur les associations de mutilés et d’invalides, d’anciens combattants. Dès aout 1915 est fondée l’Association Générale des Mutilés de Guerre. En 1917, c’est la naissance de l’Association Républicaine des Anciens Combattants (ARAC). Ces associations « deviennent un groupe de pression d’autant plus efficace qu’un français sur quatre en est membre ». Le Poilu n’est plus soumis à sa hiérarchie, n’est plus soumis à l’ostracisme médiatique, en s’associant à ses frères d’armes, il redevient un membre de sa classe sociale.

André Linville, quant à lui, écrit dans le Journal des mutilés et des réformés : « Ne l’oublions pas, mes amis, qu’on le veuille ou non, le militarisme, c’est la guerre, et la guerre, nous n’en voulons plus. Donc, supprimons désormais tout ce qui peut éveiller le militarisme dans notre pays. Les manifestations militaires sont ses aliments. Ecartons-les. Plus de cérémonies guerrières. Plus de ces retraites qui excitent l’imagination. Plus de ces revues, qui ne sont que d’inutiles spectacles, destinés à enflammer les foules. La France a besoin de se recueillir et de travailler, dans la paix, pour vivre, pour se refaire et pour prospérer. Elle n’a pas besoin die jouer au soldat, après quatre ans de guerre. Elle a prouvé qu’elle savait se battre, sans faste, quand il le fallait, quand la cause était juste. En détruisant le militarisme allemand, c’est tous les militarismes, qu’elle entend avoir détruits. N’est-ce pas ? La fête, du 14 juillet 1919 consacre son triomphe. Qu’elle soit grandiose, qu’elle soit éclatante, mais qu’elle sonne en même temps le glas de la pompe militaire et de ses œuvres. (1)»

Trois ans d’attente

Il faut trois ans d’attente pour autoriser la célébration régulière d’une fête de la « victoire et de la paix » par la loi du 9 novembre 1921. Comme cette « fête » n’est pas chômée, il faut la faire le dimanche. Et l’Eglise saute sur l’occasion pour prendre la tête de processions et terminer les cérémonies par des messes. Comme le 13 novembre 1921 tombe un dimanche, et, cette année verra de nombreuses cérémonies boycotter par les anciens-combattants et leurs associations. Il faut donc sous la pression des organisations d’anciens-combattants, républicaines, laïques, socialistes, arriver au compromis l’année suivante avec la loi du 22 octobre 1922, abrogeant celle de 1921. Le Journal des mutilés et des réformés du samedi 28 octobre 1922 devait s’exprimer en ces termes : « Le Sénat a voté dans sa séance du 19 octobre, le projet de loi adopté le 8 juillet par la Chambre des députés, fixant au 11 novembre, la commémoration de la victoire. Il est assez curieux de constater avec quelle facilité, la bonne volonté aidant, nos sénateurs ont détruit le fragile échafaudage qui supportait, l’an dernier, leurs arguments contre notre désir ».

Rémi Dalisson résume ces quelques années de tensions (1918-1922) ainsi : « Le choix du 11 Novembre comme fête nationale fut bien plus complexe qu’on ne l’imagine. Car il résulte autant des héritages commémoratifs d’une guerre qui n’a pas arrêté les pratiques festives que de la brutalisation qu’elle provoque et des circonstances de l’après-guerre. Cette originale célébration s’est donc constituée progressivement, comme esquissée dans la boue des tranchées, puis imaginée dans la sidération qui suit le conflit.(2)»

Qui a fait le 11 novembre ?

Le 11 novembre est avant tout la construction des anciens-combattants. Jean-Marie Linsolas, dans la Revue historique des armées, de reconnaître : « Les fêtes de la Victoire, le 14 juillet 1919 ne sont pas la victoire, elles n’ont que peu à voir avec la rumeur de la délivrance qui s’est propagée le 11 novembre de l’année précédente, et pourtant l’inconscient collectif garde l’image d’une paix qui se serait concrétisée un jour d’été sur les Champs-Elysées. » De 1919 à 1922, c’est une autre guerre idéologique ou les Poilus, regroupés, ne veulent pas voir travestir ces quatre années de souffrance. Ainsi, dans son Traité de polémologie, Gaston Bouthoul, explique : « C’est surtout après la guerre de 1918, que dans plusieurs pays se déchaîna une énorme vague de pacifisme antimilitariste et irrévérencieux. »

Ce qui va dominer, c’est une lente, mais sûre montée du refus de la guerre, jusqu’au pacifisme intégral, et ce, dès 1919, Bouthoul explique : « Ce sont les anciens-combattants qui jouent le premier rôle dans les cérémonies qui se déroulent autour du monument aux morts. Ce sont eux qui ont voulu que le 11 novembre, organisé initialement par eux-mêmes, devienne une fête nationale. (…)  après la guerre de 14, c’est dans la presque totalité des communes de France que s’élève un monument. Il en existe trente-cinq mille, construits quelquefois par la volonté des anciens combattants, des municipalités le plus souvent et seulement 1% des communes n’en ont pas. (…) Mais précisément, que commémorent ces monuments et  que célèbrent les anciens-combattants qui se rassemblent autour d’eux le 11 novembre de chaque année ? Ni la guerre, ni la victoire en tant telle, ni même la nation. (…) le caractère essentiel du 11 novembre est d’être une fête de la paix et une fête des morts. Ainsi l’atteste aujourd’hui encore le cérémonial de ce culte des morts, le seul culte civique qui ait vraiment réussi à s’implanter en France. Ce n’est pas une fête militaire malgré les drapeaux et les chants patriotiques. D’ailleurs sur un certain nombre de monuments, le grade des anciens combattants n’est même pas mentionné.» Le 11 novembre n’appartient donc pas aux militaires.

Qu’ont-ils fait du 11 novembre ?

Après la loi de 1922, quelques  préfets, le temps et l’Histoire aussi de la Seconde guerre mondiale contribuent à modifier l’esprit voulu par les poilus. Le refus du militarisme, de la glorification de la guerre s’efface derrière les fanfares, les apparats, les protocoles. Pourtant, les historiens, comme Antoine Prost, appellent : « le culte républicain des morts, celui des manifestations qui se déroulent le 11 novembre devant les quelque 30 000 monuments aux morts de la guerre de 14-18 (3)». C’est aussi que le 11 novembre appartient aux frères de tranchées, aux fils qui ne sont jamais revenus, aux pères qui ne connaissent plus la douceur de nuit torturé par l’éclat de Shrapnel, aux enfants et parents mutilés, aux morts sacrifiés sur le champ du déshonneur de la guerre, aux Fusillés pour l’exemple, aux réfractaires et déserteurs. Le 11 novembre appartient à la République.

Jean-Sébastien Pierre et David Gozlan

 

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1- André Linville, Journal des Mutilés et des réformés, samedi 13 juillet 1919

2- 11 novembre du souvenir à la mémoire

3- Annette Wieviorka, Réflexions sur une commémoration In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 48e année, N. 3, 1993. pp. 703-714

https://www.france.tv/documentaires/histoire/763547-14-18-refuser-la-guerre.html

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