À La Rochelle, SUD crée Hôpital debout

juin 2016 Par Jean-Pierre Anselme Blog : A L’ABORDAGE !

Contrairement à ce qu’affirme Manuel Valls, le mouvement Nuit debout ne « s’effiloche » pas. Après avoir essaimé sur les places de dizaines de villes et même de villages, il a inspiré un syndicat SUD qui a planté ses tentes sur son lieu de travail, l’hôpital Saint-Louis à La Rochelle, pendant quatre jours et trois nuits.

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Pendant quatre jours et trois nuits, les militant-e-s et sympathisant-e-s du syndicat SUD se sont relayé-e-s pour assurer l’accueil des salarié-e-s et des visiteurs. (DR) Pendant quatre jours et trois nuits, les militant-e-s et sympathisant-e-s du syndicat SUD se sont relayé-e-s pour assurer l’accueil des salarié-e-s et des visiteurs. (DR)

« Que vous faut-il de plus pour dire non ? Croyez-vous que laisser faire est la solution ? Pensez-vous vraiment que ça ira mieux demain ? » Ainsi s’est adressé le syndicat SUD Santé aux 4 500 salarié-e-s des établissements hospitaliers de La Rochelle et plus particulièrement aux 2 000 qui travaillent à l’hôpital Saint-Louis.

Pendant quatre jours et trois nuits, du mardi 31 mai au vendredi 3 juin, dans la foulée des manifestations, grèves et blocages qui, ici comme ailleurs en France, rythment le mouvement contre la loi Travail, dans l’esprit des Nuits debout qui s’enchainent — sans discontinuer — depuis deux mois dans le quartier du Gabut sur le port de la cité «belle et rebelle » (ICI), le syndicat SUD a inauguré un mode d’action inédit : l’Hôpital debout.

« Vos collègues de SUD ont décidé de s’installer jour et nuit, dans le hall de l’hôpital Saint-Louis. Venez nous rencontrer pour partager les analyses, aidez-nous à informer la population sur le scandale que nous subissons en tant que professionnel-le-s de santé. Venez participer à la construction d’un mode de défense au service de chacun-e ! Nous on y sera ! »

Dans un des endroits les plus passants, à quelques pas du marchand de journaux et de la cafétéria, les quatre tentes dressées dans le hall de l’hôpital, banderoles et affiches, victuailles, formaient un spectacle pour le moins insolite dans un tel lieu.

« On a voulu se réapproprier notre hôpital » (DR) « On a voulu se réapproprier notre hôpital » (DR)
Dans une ambiance à la fois fébrile et joyeuse, les militant-e-s et sympathisant-e-s du syndicat se sont relayé-e-s pour assurer l’accueil des salarié-e-s venu-u-es en nombre de l’hôpital Saint-Louis comme des autres établissements hospitaliers de la ville, des patients et des visiteurs, organiser les distributions de tracts dans la ville, répondre aux médias… Et, pendant trois nuits, 5 ou 6 militant-e-s ont dormi sur place.

Intrigués nombre de patients et de visiteurs sont venus s’informer, discuter avec les animateurs-trices du syndicat. Sur une table jonchée de tracts, trônait un livre d’or où chacun-e pouvait exprimer son point de vue, comme cette ancienne patiente : « Merci à tous ceux qui se battent pour conserver un hôpital qui prend soin de tous ses patients ».

« On a voulu se réapproprier notre hôpital, on est chez nous, alors on y a campé 24 heures sur 24 », explique Sandrine Roy, porte parole du syndicat SUD de l’hôpital Saint-Louis. Aide soignante depuis 29 ans, elle est bien placée pour mesurer la dégradation des conditions de travail des personnels comme du service public : « Il faut “faire du chiffre”, il faut être “rentable”. Le directeur nous dit qu’on est devenu “une entreprise comme les autres”, on ne soigne plus des patients mais des “clients”, ce qui nous fait bondir. L’hôpital est devenu une usine à fric où le but du jeu est de faire rentrer le plus de patients possibles et de les faire sortir le plus tôt possible. »

« Notre métier n’a plus de sens, se désole Anne, coordinatrice, on ne nous donne pas les moyens de le faire correctement. » Toujours moins de lits avec des hospitaliers en sous effectif permanent et maltraités, « fliqués et harcelés jusque dans leur vie privée », soumis à des organisations de travail visant à les diviser, « la pression est constante, l’absentéisme explose, la précarité est galopante… » Résultat, dénonce Maryline, infirmière psy retraitée et toujours sur le pont pour agir avec son syndicat, « les salariés ont la tête tellement dans le guidon qu’ils ne se rendent plus compte qu’ils sont maltraités et maltraitent les patients » ! La « maltraitance institutionnelle » dénoncée et détaillée par le syndicat dans un de ces tracts aux usagers.

« La loi Travail et son monde », c’est aussi ce désastre humain et sanitaire, c’est « l’omerta de mise à l’hôpital » fustigée par SUD « qui a décidé de briser le silence ! » « Parce que trop de choses cachées et tues dont nous discutons “entre nous”, ça suffit ! ».

« On a eu l’idée de ce mode d’action en 2013, au moment du mouvement des Indignés en Espagne, on avait déjà planté nos tentes à ce moment là, pendant quelques temps », précise Christophe Geffré, infirmier psychiatrique, délégué de SUD à l’hôpital Saint-Louis et porte parole départemental du syndicat. « Pour nous qui considérons que défense des salariés et action citoyenne vont de pair, la symbolique est double : on occupe notre lieu de travail et en même temps, à l’instar des Nuits debout, on occupe l’espace public qui appartient autant aux hospitaliers qu’aux usagers. »

Pour concentrer ses forces contre la loi Travail dans les jours à venir, le syndicat SUD a levé le camp, provisoirement.

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