Génocide arménien il y a 100 ans : le devoir de mémoire contre tous les nationalismes !

Publié le 24 avril 2015 | Mise à jour le 25 avril

C’est le 24 avril 2006 qu’un mémorial a été inauguré à Lyon, place Antonin Poncet sur la Presqu’Ile. Des manifestations violentes de nationalistes turcs avaient eu lieu quelques semaines auparavant, des élu-e-s de l’UMP avaient essayé de s’opposer à ce projet de mémorial.

Le samedi 24 avril 1915, à Istambul, capitale de l’empire ottoman, 600 notables arméniens sont assassinés sur ordre du gouvernement. C’est le début d’un génocide, le premier du XXe siècle. Il va faire environ 1,2 million de victimes dans la population arménienne de l’empire turc.

C’est le lent démantèlement de l’Empire Ottoman qui mena au pouvoir les fractions politiques les plus virulentes contre les minorités qui composent cette région immense à la fin du XIXe siècle. C’est au nom d’une idéologie raciste que furent menées deux vagues successives d’attaques violentes contre les arméniens qui peuplent cette région : tout d’abord entre 1894 et 1896, puis lors de la Grande Guerre de 1914-1918.

Personne ne conteste ces massacres qui ont fait près d’un million et demi de morts faisant ainsi disparaître deux tiers de la population arménienne de l’Empire Ottoman. La contestation qui a encore cours aujourd’hui consiste à nier la planification et l’objectif d’éliminer tous les Arméniens (le génocide), et il existe aussi un désaccord sur le nombre des victimes. Pourtant beaucoup d’historiens et de centres d’histoire ont rassemblé nombre d’archives du gouvernement turc et des instances consulaires, en particulier des écrits du ministre de l’Intérieur Talaat Pacha (assassiné à Berlin le 16 mars 1921 par un jeune Arménien) qui écrivit par télégramme durant la première guerre mondiale : « Le gouvernement a décidé de détruire tous les Arméniens résidant en Turquie. Il faut mettre fin à leur existence, aussi criminelles que soient les mesures à prendre. Il ne faut tenir compte ni de l’âge, ni du sexe. Les scrupules de conscience n’ont pas leur place ici » ou encore : « Il a été précédemment communiqué que le gouvernement a décidé d’exterminer entièrement les Arméniens habitant en Turquie. Ceux qui s’opposeront à cet ordre ne pourront plus faire partie de l’administration. Sans égard pour les femmes, les enfants et les infirmes, si tragiques que puissent être les moyens d’extermination, sans écouter les sentiments de la conscience, il faut mettre fin à leur existence ».

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Le gouvernement turc fut l’allié des Allemands et des Autrichiens lors de cette guerre, certains affirment même que le régime nazi, quelques années plus tard, s’inspira des méthodes du gouvernement turc : élimination de la classe possédante, des intellectuels, spoliation des biens, travail forcé pour les hommes et déportation des femmes et des enfants avec son lot d’assassinats massifs. Il est important également de dire qu’en 1924, le gouvernement turc tente de parachever son œuvre de purification en expulsant les derniers grecs présents à Istanbul. Le nationalisme cultivé par Mustafa Kémal a encore de nombreux fidèles aujourd’hui.

A Lyon, le samedi 18 mars 2006, une manifestation des associations culturelles turques de la région a rapidement dégénéré, tant il y avait de véhémence et de violence de la part de bon nombre de manifestants, ceux qui se réclament de Talaat Pacha par exemple, les jeunes turcs ; ils voulaient en découdre avec d’autres manifestants venus s’opposer à cette manifestation. On a pu lire des slogans racistes niant le génocide, on a pu voir le vrai visage de cette mobilisation : la haine. Cette manifestation fut pourtant autorisée par le préfet, malgré la demande insistante de beaucoup d’Arméniens de la région et de responsables politiques de l’interdire. Le préfet reconnaît tout de même aujourd’hui son erreur. Néanmoins, ce jour-là des personnes sont inculpées, et non parmi les racistes, et tout cela à cause de cette faute lourde du préfet…

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