Le traitement systémique des semences a quasiment doublé en un an

Publié le 24 décembre 2014

Le dernier rapport du Ministère de l’Agriculture montre que le traitement systémique des plantes, directement sur la graine, a augmenté de 43 % en un an. Une systématisation inquiétante de l’utilisation des pesticides qui accélère la formation de résistances chez les bio-agresseurs ciblés, et plonge l’agriculture dans une spirale toxique qui met en danger la sécurité alimentaire de toute la population.

On n’attend désormais plus qu’un risque se présente pour traiter les semences, on les traite automatiquement à l’état de graine : c’est la tendance claire que montre le dernier rapport du ministère de l’Agriculture sur les résultats annuels de suivi du plan de réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires en France.

Si l’usage des pesticides en général augmente de 9,2 % entre 2012 et 2013, la tendance la plus inquiétante est la forte hausse des quantités de substances actives vendues pour les traitements de semences : 1 081 tonnes en 2013, contre 684 en 2012.

Il s’agit de traitements phytosanitaires systémiques, qui sont appliqués sur les semences avant même le semis pour les protéger contre les bio-agresseurs, principalement sous forme d’enrobage, obligeant ainsi les agriculteurs à traiter les cultures sans tenir compte de la présence ou non de ravageurs. Les insecticides néonicotinoïdes, désormais bien connus pour leur toxicité avérée sur les pollinisateurs, font partie de cette catégorie de pesticides.

Le traitement par enrobage des graines est devenu la pratique la plus répandue dans les « grandes cultures » pour lesquelles « au moins les 4/5 des surfaces implantées le sont avec des semences ou des plants traités », indique le ministère de l’Agriculture dans une publication datée de juillet 2013 consacrée aux pratiques culturales.

Betterave : 99 % de semences traitées traitement-des-semences1.png
Orge : 96 % des surfaces traitées
Blé dur : 95 %
Blé tendre : 94 %
Tournesol : 93 %
Maïs grain : 93 % (fourrage 92 %)
Pois proétagineux : 91 %
Colza : 86 %
Pomme de terre : 85 %

Le pire, c’est que bien souvent, les exploitants ne savent même pas en quoi consiste le traitement appliqué sur les semences qu’ils utilisent. « Toutes cultures confondues, en cas de semence traitée, pour un tiers des surfaces, l’exploitant ne connaît pas le type de traitement utilisé » souligne le ministère de l’Agriculture dans une publication de juillet 2014. « Il sait que les semences sont traitées, mais ne sait pas si celles-ci sont protégées par un insecticide, un fongicide, un anti-limaces, un anti-oiseaux ou autre ».

Non seulement le traitement est systémique et ne tient pas compte de la présence ou non des bio-agresseurs, mais cette méconnaissance multiplie en outre le risque de double traitement des cultures, par enrobage de la semence pour commencer, puis par voie foliaire.
traitement-des-semences2.png

Cette utilisation préventive et systématique de produits de traitements de semences, généralement des néonicotinoïdes, précipite l’apparition de bio-agresseurs résistants aux pesticides. Une étude sur les doryphores ravageurs de la pomme de terre a par exemple révélé une multiplication par 100 de leur résistance aux molécules chimiques en 10 ans.

Cette usage irrationnel de pesticides aggrave la fragilité du système agricole actuel : au fur et à mesure que ces résistances s’accroissent, le besoin de pesticides augmente, entraînant l’agriculture dans une spirale toxique (lutte chimique / résistances) que personne, aujourd’hui, n’est capable de maîtriser !

Même l’industrie agrochimique avoue être à court : les spécialistes de la protection des cultures pensent que le risque est fort de ne plus disposer bientôt d’aucun
rempart chimique contre les bioagresseurs résistants.

C’est la sécurité alimentaire de toute la population qui est menacée.

Il faut couper court à ces pratiques désastreuses tant qu’il est encore temps, en interdisant au plus vite toute utilisation préventive et systématique de pesticides, et donc des semences enrobées, et en généralisant les méthodes de protection intégrée des cultures, jugées indispensables par les spécialistes de la protection des cultures pour contrôler le développement de parasites résistants aux pesticides et assurer la pérennité de nos productions agricoles.

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