Lettre du compagnon anarchiste Mario González García

Mario-González

Au peuple en général :

Je suis Jorge Mario González García et me trouve séquestré par le gouvernement dans la maison d’arrêt pour détenus masculins de l’Oriente.

On m’accuse d’attaques à la paix publique, mais c’est un délit fabriqué à mon encontre, qui relève des instruments ordinaires de la répression contre le mouvement étudiant et la lutte sociale. Les causes de mon arrestation ne sont pas légales mais politiques.

Aujourd’hui, depuis cette prison, j’embrasse les compagnons et les compagnonnes qui sont sortis libres. Cette expérience doit servir à nous rendre encore plus forts et empêcher qu’ils remplissent nos coeurs de peur.

Dès l’ordre de re-détention émis à mon encontre, j’ai commencé une grève de la faim pour signifier immédiatement que j’exigeais ma précieuse liberté. Ce maudit gouvernement essaye de punir de façon exemplaire ceux qui ne croient pas en lui. De plus, il criminalise les anarchistes en les traitant de casseurs afin que l’anarchisme, l’idée la plus pure et la plus sincère de l’humanité, soit, par ignorance, mal vue.

Je veux remercier tous ceux et celles qui se sont montrés solidaires envers moi. La répression directe, les rafles, la surveillance, la police militarisée, l’espionnage, la prison reviennent : les anarchistes sont la cible d’une persécution nationale et internationale. Depuis les tranchées de cette prison j’élève ma voix pour aboyer ma rage et montrer mon mépris des porcs policiers soumis au système capitaliste, autoritaire et brutal. Quand je sortirai libre, mon mépris se fera sentir dans les rues et là où le mouvement étudiant me mènera.

Une salutation sincère à tous ceux et celles qui résistent et n’oublient pas les prisonniers.

Notre bien le plus précieux est la liberté : c’est pourquoi il faut lutter pour elle avec foi et courage. Salut à tous les prisonniers et prisonnières pour avoir lutté dans tout le Mexique et dans le monde.

Que la solidarité ne s’arrête jamais?!! Nous détruirons leurs geôles !!

Combativement
Jorge Mario González García.
10 octobre 2013, ville de Mexico

***
Antécédents:

2octnopardon

Le 2 octobre 2013, quelques heures avant les manifestations prévues pour commémorer le massacre des étudiants en 1968, la ville de Mexico se réveille sous un fort dispositif policier. Des murs métalliques de 2,5 mètres de haut entourent une bonne partie de la ville et des centaines de CRS sont mobilisés.

Le 2 octobre 1968, à quelques jours de l’imposition des Jeux Olympiques, le gouvernement de Gustavo Díaz Ordaz et son Ministre de l’intérieur, avec l’aide de l’armée, réprimèrent brutalement la révolte étudiante en assassinant plus de 300 personnes et en faisant 700 blessés et 6000 arrestations.

Ce 2 octobre 2013, une manifestation de plusieurs milliers de personnes à Mexico commémorait le quarante-cinquième anniversaire du massacre des étudiants en 1968. Des affrontements entre des groupes de manifestants et la police ont fait au moins 50 blessés.

Une fois de plus, la répression policière fait irruption à cette date déjà historiquement douloureuse. L’usage démesuré de gaz lacrymogène, le lancement aveugle de flash-balls ont laissé derrière eux plus d’une centaine de détenu-e-s (cinq détenus étaient des mineurs, comme le démontrent plusieurs vidéos).

Malgré les déclarations du Gouvernement de la ville de Mexico niant cette violence policière, le constat des organisations, des collectifs, des médias libres et indépendants, des vidéastes solidaires laisse connaître aux yeux de tous la forte répression qu’ont subie ce jour-là, non seulement les manifestant-e-s mais aussi les passant-e-s. Plusieurs personnes arrêtées sont sorties de prison sous caution ; dans certains cas, elles ont dû payer 130 000 pesos, 8000 euros environ, ce qui représente un abus de pouvoir total étant donné les dures conditions économiques.

Selon les dernières informations provenant de la Croix Noire Anarchiste du Mexique, le compagnon anarchiste Mario González García se trouve encore en prison. Mario a été arrêté avec dix autres compagnons ce 2 octobre 2013, en se rendant à la manifestation. Le bus qui le transportait a été intercepté par plusieurs voitures de police ; après avoir fait descendre tous les passagers, ils ont arrêté onze personnes, parmi lesquelles se trouvait Mario.

Mario et d’autres jeunes arrêtés avaient installé un piquet de protestation contre les réformes éducatives, en dehors du rectorat de l’Université Nationale Autonome du Mexique (UNAM). Quelques jours avant son arrestation, les jeunes avaient été menacés par le propre recteur de cette université, Jose Narro, qui avait exigé qu’ils quittent le lieu et abandonnent le piquet, sans se soucier de leurs demandes et en leur disant de faire attention à leur situation juridique qui risquait de se dégrader. Il faut souligner que tous les compagnons qui participaient à ce piquet de protestation ont été victimes d’une constante campagne de lynchage, de criminalisation et de persécution politique. Cette arrestation laisse penser que les étudiants arrêtés, dont Mario, ont été suivis tout au long du trajet de leur sortie de l’université jusqu’à la manifestation.

L’arbitraire ne s’arrête pas là : ces jeunes ont été portés disparus pendant quatre heures après leurs arrestations, et pendant ce temps-là ils ont été torturés, passés à tabac et ont reçu des décharges électriques. C’est à cause de cela que Mario a été blessé principalement au bras droit et à la jambe gauche ; jusqu’à aujourd’hui il n’a pas reçu le traitement médical adéquat.

Actuellement il y a huit autres prisonniers, en plus de Mario, incarcérés dans la maison d’arrêt «Nord» à Mexico. Ils sont accusés d’attaques à la paix publique en bande organisée, raison pour laquelle ils n’ont pas pu sortir sous caution. Quant à Mario, il se trouve actuellement à la maison d’arrêt «d’Oriente » à Mexico ; la libération sous caution lui a été concédée mais une fois payée, sa liberté lui a été révoquée à nouveau. Toute une campagne médiatique a été montée pour le décrédibiliser en soulignant ses antécédents et en l’accusant de vol et d’occupation de l’université. Mario et sa famille ignorent sa situation juridique, la seule réponse qu’ils ont obtenue jusqu’ici est que sa libération sous caution a été révoquée par ordre du juge. À tout moment les droits de Mario ont été bafoués. Une fois de plus l’arbitraire l’emporte, la justice s’efface sans laisser de traces de son pourrissement.

Liberté pour Mario !

Liberté aux huit prisonnier-e-s du 2 octobre !

Par les trois passants

Correction: Valèrie

Références : Croix Noire Anarchiste.

Autres vidéos:

[http://www.youtube.com/watch?v=UdLeGuIirFQ]

[http://www.youtube.com/watch?v=c0wuhVGgyCc]

[http://www.youtube.com/watch?v=bFoPOGqejs]

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