Pyrénées : les bunkers cachés de Franco

Le 05 octobre à 6h00 par Myriam Galy | Mis à jour il y a 3 heures
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L’une des photos réalisées par Guillem Vidal et exposées au MUME. Ici, un bunker d’observation sous les ruines du Castell de Mont-Roig. L’une des photos réalisées par Guillem Vidal et exposées au MUME. Ici, un bunker d’observation sous les ruines du Castell de Mont-Roig.

Fin 1944, le dictateur a ordonné la construction d’une ligne défensive le long des Pyrénées. De nombreux vestiges subsistent, notamment en Catalogne. Dans l’Alt Empordà, le feu a ravivé son souvenir.

En ravageant la verdure, l’incendie de juillet 2012 a dévoilé une forêt cachée par les arbres : celle des bunkers de Franco. “Ils étaient camouflés par la forêt et dans les mémoires”, résume Jordi Font, directeur du musée mémorial de l’exil (MUME) à La Jonquera. Le lieu abrite jusqu’à janvier une expo, réalisée à partir du travail signé par le photographe barcelonais Guillem Vidal, qui s’est précipité sur place au lendemain du ‘foc’. Ce ne sont que quelques clichés en noir et blanc, mais ils sont saisissants. Paysages dévastés, calcinés, hérissés de vestiges militaires : “On dirait des zones de guerre”, dit Jordi Font. Et pourtant. La ligne P, comme Pyrénées, n’a jamais servi.
Lieux de mémoire

Pour rédiger son ouvrage sur la ligne P, paru en 2010, Josep Clara a pu consulter des documents secrets qui se trouvaient à Barcelone. Mais depuis, ces archives ne sont plus accessibles. Au contraire du Parti socialiste espagnol, le Partido Popular (droite) semble en effet réticent à déclassifier des documents relatifs à la période de la dictature. L’historien de Gérone a donc permis de lever le voile sur une “ligne Maginot, en plus simple”, qui reste encore très méconnue. “La population n’avait pas conscience de son envergure, seuls les militaires le savaient”, dit-il. Selon lui, les bunkers de Franco doivent être considérés comme des lieux de mémoire. “En France, la ligne Maginot se visite, c’est important”, souligne-t-il. En Catalogne, seul un village de Cerdagne, Martinet, a créé un espace muséographique qui permet d’arpenter les vestiges de la ligne P.

Un millier subsiste

On l’appelle aussi, très ironiquement, la ligne Guttierez ou Perez. “A l’époque, lorsque l’on demandait qui la construisait, on répondait par le nom d’un des soldats qui travaillait sur le chantier : Guttierez, Perez…», croit savoir le directeur du MUME. La ligne P porte également le nom de Franco, son dictateur d’inventeur. “La construction a commencé en décembre 1944, à la suite de la chute des nazis à Paris, par crainte d’une invasion par le nord. Des exilés de France ou des Alliés au début ; et ensuite, des Soviétiques”, précise Josep Clara, professeur d’histoire à l’université de Gérone, auteur en 2010 de la première véritable étude sur le sujet (*).

Menace fantôme ou pas, les travaux durent jusqu’en 1955. “C’est en 1946, 47 et 48 qu’il y a eu le plus de constructions, ce qui n’a pas beaucoup de sens, note l’historien catalan. A croire qu’il fallait occuper les ingénieurs militaires”. Mais Franco la veut, sa ligne Maginot. Du Cap Creus jusqu’au Pays Basque, 7 000 bunkers, de tous types, sont envisagés, répartis dans des “centres de résistance”, eux-mêmes classifiés selon le niveau de risque. “Les zones considérées comme dangereuses étaient celles qui avaient des voies de communication. Dans les montagnes, il est bien sûr plus difficile de passer. C’est ce qui explique que l’on a beaucoup plus de vestiges en Catalogne, et nettement moins en Aragon”, dit Josep Clara.

Car si la ligne P est restée inachevée, pas moins de 3 000 bunkers sur les 5 000 projetés ont été réalisés pour le seul côté catalan, de Port-Bou au Val d’Aran. Selon le professeur de Gérone, un millier subsiste, qui a résisté à l’urbanisation, à la construction des routes et aux assauts du temps. “Si beaucoup sont couverts par la végétation, d’autres font partie du paysage, ils sont au beau milieu des champs”, note Josep Clara. Les bunkers de Franco, où jamais un soldat n’a monté la garde, ont alors trouvé une autre utilité : clapiers pour les lapins, cabanes pour les bergers… L’ironie de l’Histoire.

(*) Els Fortins de Franco. Arqueologia militar dels Pireneus catalans, Ed. Rafael Dalmau Editor.
Le MUME en pratique

Horaires. D’octobre à mai, le musée de l’exil est ouvert du mardi au samedi de 10 h à 18 h. Dimanches et jours fériés de 10 h à 14 h. De juin à septembre, ouverture du mardi au samedi de 10 h à 19 h, et de 10 h à 14 h les dimanches et jours fériés.
Tarifs. L’entrée du musée est à 4 euros. Gratuit pour les plus de 65 ans, les enfants de moins de 7 ans, les chômeurs, les groupes scolaires et les enseignants.
Adresse. Le Musée Mémorial de l’Exil est situé 43-47 carrer Major, à La Jonquera, à deux pas de la mairie.

Contacts. Tél. 00 34 972 556 533. Mail : info@museuexili.cat
Site internet :[ www.museuexili.cat

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