Congrès UGFF-Cgt : vers une fédération des travailleurs de l’Etat toujours plus éloignée des syndiqués et salariés ?

A l’occasion de son 26e congrès en octobre, l’UGFF devrait décider de mettre en chantier sur les 3 ans à venir la création d’une nouvelle fédé : la Fédération des missions publiques de la Fonction publique d’État. Les fédés des finances, de l’équipement, de l’éducation, des travailleurs de l’État1 etc. seraient appelées à se fondre dans cette nouvelle fédé. Le débat ne passionne évidemment pas les syndiqués, pourtant, il y a bel et bien des enjeux politiques dans cette fusion.

Il faut d’abord resituer ce projet dans la continuité de la centralisation en cours dans la CGT. Les unions régionales prennent ainsi de plus en plus de poids face aux structures statutaires, les unions départementales, épousant l’évolution de l’administration étatique, ce qui a également pour conséquence de diluer la combativité là où persistent des UD remuantes (75, 93, 13…). Le but affiché est ambivalent : il s’agit de peser sur des lieux de décision de plus en plus importants (comme les régions) par une représentation des salariés appuyée par un nombre le plus grand possible de cartes de syndiqués, assortie d’une coordination des structures militantes existantes (les UD), typiquement autour de journées d’action. L’adhésion de la CGT à la CES correspond au même mouvement : il faut peser sur l’Europe en étant « présents dans les lieux de décision », et en même temps rassembler le syndicalisme et peser sur les syndicats réformistes pour au moins se fendre de quelques journées d’action européennes.

Les textes d’orientation de l’UGFF2 pour son prochain congrès partent ainsi des dernières contre-réformes européennes (« règle d’or » budgétaire, TSCG, MES…) et de la nécessaire intervention des salariés pour changer la donne (le dire, ça ne mange pas de pain) sur impulsion de la CES, qu’il faudra « tirer dans une position plus revendicative » (ça neutralise quelques énervés internes), pour aboutir en conclusion à… la réforme de la représentativité en France. Celle-ci donnerait aux agents de « nouvelles capacités d’intervention », qui nous permettraient de « revivifier la démocratie sociale » et de « modifier les conditions du dialogue social ». Dans cette logique, l’enjeu de la représentativité dans la Fonction publique devient centrale, afin d’aboutir à de bons accords majoritaires au niveau le plus haut possible. Conclusion : il faut « moderniser l’outil », afin de « construire des corpus revendicatifs » et garantir une « représentation cohérente et homogène de la CGT vis-à-vis de ses interlocuteurs », d’où le projet de fusion des fédés de la Fonction publique.

Ce débat n’a pour l’instant passionné que les directions syndicales, qui se sont empaillées de longs mois quand à savoir s’il fallait une union inter-fédérale, une union de fédérations ou une méga fédé, avec des arguments d’ordre politiques, on n’en doute pas, mais sans doute aussi des petits calculs pour savoir qui pèserait quoi au final (composition des directions, décharges…).

C’est finalement l’option la plus centralisatrice (la méga fédé) qui l’a emporté. Pas étonnant que ce genre de débat ne passionne pas les syndiqués, surtout quand les coups pleuvent, qu’on manque de temps pour prendre du recul sur l’évolution de la confédé et surtout qu’on se replie de plus en plus sur son entreprise et son syndicat.

L’interpro est bien sûr un identifiant fort dans la CGT, mais pour beaucoup de syndiqués il ne se manifeste que par les journées d’action et un sentiment de cohérence avec l’action des autres syndicats CGT. La fédé et l’union départementale sont dans ce schéma des machins très lointains dont la réorganisation intéresse peu. La centralisation en cours emprunte donc malheureusement bien le mouvement du syndicalisme interpro « par représentation » : puisque de toutes façons on sait pas bien qui sont nos représentants et que si on est en gros d’accord avec ce qu’ils disent, autant qu’ils pèsent le plus haut possible…

manif-fonction-publique.jpg Pour les communistes libertaires de la CGT, il est bien au contraire nécessaire de resituer le débat politiquement. Nous sommes opposés à cette conception du syndicalisme fondée autour du dialogue sociale, où les bases syndicales sont réduites à faire pression lors de grands échanges au sommet et dont l’action au sein de l’entreprise est vue comme secondaire et/ou dévoyée vers des négos ministérielles « d’égal à égal ».

L’organisation fédéraliste de la CGT est fondamentale pour construire un syndicat au plus près des salariés. Le syndicat doit avant tout partir des préoccupations des salariés et des mobilisations qu’arrivent à mener les bases syndicales. Bien évidemment, à partir de là, les équipes militantes doivent partir de ces mobilisations locales pour tirer la conscience de classe vers le haut, notamment par l’action professionnelle de branche et interprofessionnelle. C’est là qu’interviennent les fédés et les UD, dont les directions ont précisément ce rôle de politisation et de coordination. Vouloir partir de négociations imposées par l’employeur, donc menées à froid, pour mobiliser les salariés relève de l’enfumage, voire de la collaboration de classe. Et restructurer l’outil syndical autour de ces cadres de négociations encore plus.

A l’heure actuelle la Cgt-Educ’action, principale union syndicale de la FERC (fédération de l’éducation, de la recherche et de la culture) a d’ores et déjà voté contre la dissolution de celle-ci, c’est-à-dire contre l’intégration de celle-ci dans la méga fédé de la Fonction publique (mais le vote a été serré). La pression va être d’autant plus forte sur la FERC que les textes d’orientation de l’UGFF entendent « approfondir (…) la démarche engagée au niveau confédéral avec la FSU ». Simple hasard ou anticipation de la position de la FERC ? Nous manquons d’infos concernant les Finances, l’Équipement et les Travailleurs de l’État, mais la volonté hégémonique des dirigeants de l’UGFF étant un vieux serpent de mer depuis l’après-guerre, on peut imaginer que les débats y sont également clivant. Là où le bas blesse, c’est que cette même FERC est en crise. La CGT culture a annoncé son départ de celle-ci et bien des syndiqués posent la question de l’utilité du mille-feuille de structures (FERC, UGFF, UGICT, UD…). On voit ici les dégâts créés à la fois par le repli sur l’entreprise et par l’éloignement des structures, toujours plus empêtrées dans des groupes de travail, de l’expertise, des discussions informelles avec les décideurs… Mais ça n’est pas une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain. Au contraire, profitons de ce débat pour reposer les questions hautement politique et abordable par tous les syndiqués de la stratégie de transformation sociale et du fédéralisme.

1La liste des fédés et syndicats membres de l’UGFF est ici : http://www.ugff.cgt.fr/spip.php?rubrique68

2Disponibles ici http://www.ugff.cgt.fr/spip.php?article3442

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