COMMEMORATION – LE CULTE DE L’ILLUSION

Par Patrick Mignard

Fêter la victoire sur le nazisme est un impératif moral et civique catégorique. Jusque-là rien à dire ! Le problème c’est la forme et le sens que prend ce genre de commémoration. En dehors des « anciens combattants » qui, eux, fêtent quelque chose de concret, que recherchent celles et ceux qui y participent ? On ne peut certes pas reprocher, je sais de quoi je parle, à celles et ceux qui n’ont pas connu la guerre de ne pas l’avoir vécue, mais socialement qu’en font-ils ? Quel sens prend cette commémoration ? Comment le contenu de cet événement est-il relié à la réalité économique, sociale et politique de notre société actuelle ?… Au-delà du symbole, l’essentiel est dans la réponse !

On fait comme s’il n’y avait aucun lien entre le contenu de l’événement et le contexte social dans lequel nous vivons. Il y a une désincarnation de l’évènement, sa réduction à un simple spectacle, plus ou moins recouvert d’une peinture de fierté (on a gagné !) et de souvenirs respectueux (c’étaient des braves !). Ce n’est qu’une commémoration diront certains ! Mais c’est justement le moment, non pas de s’en tenir à un spectacle, mais de tirer les leçons de l’Histoire… Et tirer les leçons de l’Histoire ce n’est pas que s’épancher sur les malheurs du passé, mais c’est aussi faire en sorte que les erreurs du passé se transforment en conscience d’aujourd’hui pour préparer demain.

Or aujourd’hui à quoi assiste-t-on ? À une dégradation économique, sociale, morale de l’Europe. Des politiques économiques étranglent les peuples, les acculent à la révolte, profitent à la finance internationale, creusent les inégalités, enflamment les nationalismes et les racismes… Ça ne vous rappelle rien ça ? Même si l’Histoire « ne repasse pas les plats », il y a tout de même des similitudes troublantes : des politiques imbéciles et impuissantes, des mécanismes « démocratiques » bloqués, des alternatives démocratiques inexistantes ou presque, la montée généralisée en Europe d’un néofascisme qui fait ses choux gras sur le fumier de la crise.

Commémorer, c’est évoquer ça et non pas seulement permettre à des élus, personnalités, militaires chamarrés et officiels endimanchés de donner un spectacle public pour une foule clairsemée. Les hommes/femmes publics se pressent à la cérémonie et jouent des coudes devant les caméras et les photographes… On assiste, avec le temps qui passe à une privatisation, une confiscation partisane rampante de la commémoration de l’évènement… Voyez ce qu’est devenu la fête de Jeanne d’Arc ! Le soi-disant Sacré devient au pire du Vulgaire au mieux de l’Inessentiel dans le sens où on lui donne soit une valeur mystique soit une non-valeur.

La commémoration devient routine, change de sens et devient possession de celles et ceux qui l’instrumentalisent. Le bon peuple, lui, préfère faire la queue aux péages d’autoroutes.

Patrick Mignard
8 mai 2013
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Dupont et Dupond

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